Dans cet article, nous allons sous aider à comprendre ce qu’est un compteur exclusif nuit, pourquoi cette solution devient souvent peu pertinente aujourd’hui (et parfois pénalisante pour les prosumers), et comment aborder proprement une éventuelle suppression en 2026, sans créer de problèmes techniques ni financiers.
1) C’est quoi, un compteur « exclusif nuit » ? #
En Wallonie, un compteur exclusif nuit est un compteur supplémentaire installé en plus du compteur principal. Il mesure une consommation sur un circuit séparé, historiquement dédié à des usages comme le chauffage électrique à accumulation (et parfois un boiler), afin de consommer principalement pendant la nuit. La CWaPE le décrit comme un comptage distinct, destiné à une utilisation spécifique “nuit”. (CWaPE)
Configuration typique :
- 1 compteur “maison” (mono-horaire ou bi-horaire)
- 1 compteur exclusif nuit pour le chauffage à accumulation (et/ou boiler)
2) Comment ça fonctionne (horaires) ? #
Le compteur exclusif nuit n’a pas la même logique que le bi-horaire :
- Il fonctionne sur une plage nocturne dédiée.
- La CWaPE indique une plage de 9 heures, 7 jours sur 7, et précise que le week-end n’est pas automatiquement “nuit”. (CWaPE)
- ORES mentionne des plages “très généralement” 22h–7h ou 23h–8h (à confirmer au cas par cas). (ORES)
Conclusion : l’horaire exact dépend du GRD et du paramétrage local. (CWaPE)
3) Qu’est-ce qui change en 2026… et qu’est-ce qui ne change pas ? #
3.1. Le compteur principal en bi-horaire : réforme au 1er janvier 2026 #
Depuis le 1er janvier 2026, la Wallonie a modifié les horaires du bi-horaire : mêmes horaires 7j/7 et ajout d’une plage 11h–17h en heures creuses. (Bi-Horaire 2026 BeProsumer)
3.2. Le compteur exclusif nuit : pas de réforme “11h–17h” #
Le compteur exclusif nuit ne suit pas cette nouvelle logique “heures creuses” élargies. ORES précise que, lorsque vos charges sont sur un compteur exclusif nuit, le changement d’horaire du bi-horaire n’impacte pas ce compteur. (ORES)
4) Pourquoi c’est devenu un système souvent désuet (et risqué pour un prosumer pré-2024) ? #
4.1. L’avantage tarifaire s’est fortement réduit #
L’intérêt historique du compteur exclusif nuit reposait sur un prix nettement plus bas la nuit. Or, plusieurs sources montrent que cet avantage s’est fortement érodé :
- Sibelga (Bruxelles) explique qu’il n’y a plus de différentiel significatif et que l’exclusif nuit perd sa raison d’être. (Sibelga)
- Test Achats indique qu’en 2026, la consommation “exclusif nuit” correspond désormais au tarif “heures creuses” du bi-horaire. (Test Achats)
- AIEG souligne que la différence devient de moins en moins sensible et dépend du fournisseur. (AIEG)
Si l’écart est faible, garder deux comptages ajoute de la complexité… pour un gain marginal.
4.2. Le “piège” prosumer : PV sur compteur principal, chauffage sur compteur séparé #
Dans la majorité des cas, l’installation photovoltaïque est raccordée au compteur principal. Le chauffage à accumulation, lui, consomme via l’exclusif nuit, donc via un comptage distinct. La CWaPE rappelle précisément que l’exclusif nuit est un compteur séparé destiné à un usage spécifique. (CWaPE)
Conséquence : vous pouvez :
- injecter un surplus PV sur le compteur principal,
- tout en payant une consommation importante sur l’exclusif nuit,
- sans “transfert” possible entre les deux comptages.
C'était également le cas du Bi-Horaire AVANT 2026 (Piège du Bi-Horaire)
5) Recommandation BeProsumer (2026–2030) : simplifier le schéma de comptage #
Vu (1) l’érosion de l’intérêt tarifaire et (2) le risque de perte d'une partie de la réserve estivale pour un prosumer, la stratégie la plus robuste est souvent de revenir à un schéma classique : un seul point de connexion pour l’ensemble des usages (maison + chauffage), idéalement avec compteur communicant.
ORES rappelle que le compteur communicant permet de gérer la distinction jour/nuit sans nécessiter un exclusif nuit et qu’en l’absence d’usage dédié, la suppression peut simplifier les choses pour l'utilisateur. (ORES)
6) Point d’attention si vous souhaitez vous débarrasser de votre compteur exclusif nuit #
Se séparer d’un compteur exclusif nuit, ce n’est pas “retirer un compteur” : c’est reconstruire un schéma électrique et tarifaire cohérent.
La première étape consiste à cartographier l’existant : quels appareils sont réellement sur l’exclusif nuit (accumulateurs, boiler…), quels circuits au tableau, quelle puissance, quelles habitudes de fonctionnement. Cette étape évite les erreurs de câblage et les mauvaises surprises (circuits non rapatriés, protections inadaptées, etc.).
Ensuite, il faut repenser l’ensemble : vous allez rapatrier la consommation chauffage sur le compteur principal et vous devrez donc choisir mono-horaire ou bi-horaire 2026 en fonction du profil (production PV, consommation annuelle, VE/PAC…). Or, le bi-horaire 2026 n’est plus le “vieux jour/nuit” : il a des heures creuses étendues avec une plage en journée, ce qui change les équilibres économiques. (Wallonie.be)
Enfin, le point le plus sous-estimé est le timing administratif : une modification (installation électrique, suppression du comptage, adaptation contractuelle) peut déclencher des relevés d’index, des factures intermédiaires ou un “découpage” de votre année. Pour un prosumer pré-2024, cela peut avoir un impact financier. D’où la logique opérationnelle : planifier l’intervention au plus proche de la date habituelle de régularisation/relevé annuel, et renvoyer vers l’article BeProsumer “Perturbation du cycle de compensation”.
7) Point d’attention spécifique : la puissance disponible au compteur principal #
C’est un point critique.
Le chauffage à accumulation représente souvent une puissance appelée élevée. Tant qu’il est alimenté via le compteur exclusif nuit, cette puissance est “hors” du compteur principal. En rapatriant ces circuits sur le compteur principal, vous additionnez :
- la puissance domestique (cuisine, électroménager, éventuellement VE/PAC),
- la puissance des accumulateurs.
Sans adaptation, il existe un risque de dépasser la puissance de prélèvement autorisée (ou la capacité du raccordement), avec déclenchements fréquents du disjoncteur (“faire sauter les plombs”).
C’est pourquoi l’électricien doit réaliser une analyse de charge (bilan de puissance + simultanéité). Selon le résultat, il peut recommander :
- soit une réorganisation/gestion de la simultanéité (priorités, délestage, etc.),
- soit une augmentation de puissance du raccordement/compteur.
Attention prosumer : une augmentation de puissance est une démarche GRD payante et peut s’accompagner d’actions administratives (relevés, actes techniques). Elle peut donc, selon le contexte, perturber le cycle de compensation. Notre recommandation pragmatique est de synchroniser la demande d’augmentation de puissance au même moment que la modification de l’installation électrique et la suppression de l’exclusif nuit, idéalement dans la fenêtre la plus proche de la régularisation annuelle.
8) Liens utiles (sources) #
- CWaPE – définitions et principes (compteur exclusif nuit, logique, horaires). (CWaPE)
- Wallonie.be – réforme bi-horaire au 01/01/2026 (heures creuses élargies). (Wallonie.be)
- ORES – FAQ compteurs (exclusif nuit, horaires typiques, simplification, impact réforme). (ORES) (ORES)
- Sibelga – pourquoi l’exclusif nuit perd son intérêt. (Sibelga)
- Test Achats – exclusif nuit vs heures creuses (2026). (Test Achats)
- AIEG – différentiel tarifaire de moins en moins marqué. (AIEG)