Archives BeProsumer · Assemblée générale 2022
L’AG qui a ouvert le chapitre BeProsumer
En mars 2022, à Andenne, Touche pas à mes certificats verts dressait son bilan, présentait sa réforme statutaire et dévoilait sa nouvelle identité. L’Assemblée générale se prolongeait par un débat politique consacré à l’avenir des prosumers.
Vidéo 1 · Assemblée générale
Le bilan de TPCV et la naissance de BeProsumer
Animée par Sacha Daout, cette première séquence réunit Régis François, Michel Schepens et Stéphane Coudyzer. Elle présente les comptes 2020–2021, les résultats des votes, la réforme des statuts et les principales questions adressées par les membres.
Une étape charnière
Trois dimensions réunies dans une même AG
L’association y combine le bilan de son action historique, une transformation de sa gouvernance et l’élargissement de son identité au-delà du seul dossier des certificats verts.
De TPCV à BeProsumer
Le nouveau nom traduit une ambition plus large : représenter l’ensemble des propriétaires de panneaux photovoltaïques et agir sur davantage de sujets liés à la transition énergétique.
Une réforme statutaire
L’adaptation au Code des sociétés et des associations conduit à redéfinir les catégories de membres et le fonctionnement formel de l’Assemblée générale.
Des dossiers toujours ouverts
Facteur K, cinq années de certificats verts, tarif prosumer, compteurs communicants, batteries et décrochages structurent déjà les priorités exposées aux membres.
Comptes, mandats et gouvernance
Les repères présentés aux membres
Les chiffres ci-dessous reprennent les montants arrondis annoncés oralement par Michel Schepens dans la vidéo.
| Exercice | Recettes | Dépenses |
|---|---|---|
| 2020 | ≈ 305 000 € | ≈ 308 000 € |
| 2021 | ≈ 287 000 € | ≈ 294 000 € |
Le poids des frais juridiques et l’absence d’Assemblée générale au WEX en 2021 sont notamment évoqués pour expliquer la structure des dépenses.
- 01Comptes approuvés
Les comptes 2020 et 2021 sont approuvés et les décharges sont données aux administrateurs ainsi qu’aux vérificateurs aux comptes.
- 02Mandats renouvelés
Cinq administrateurs sortants sont reconduits et quatre candidats sont élus : Charles Costa, Rémi Thirion, Jean-François Remy et Stéphane Coudyzer.
- 03Statuts profondément adaptés
La réforme est présentée comme une mise en conformité avec le CSA et comme une redéfinition de la place des membres effectifs et des adhérents.
- 04Trois départs actés
La démission de trois administrateurs est annoncée, principalement en raison de la charge de travail et de contraintes professionnelles.
Questions des membres
Les préoccupations qui dominaient en 2022
La seconde moitié de l’AG donne la parole aux questions reçues. Chaque volet ci-dessous restitue la position exposée dans la vidéo, avec sa date et son contexte.
Facteur K et cinq années de certificats verts
Régis François confirme la poursuite des procédures devant la cour d’appel de Liège. Il dénonce également les délais annoncés pour le traitement des demandes de révision par l’administration.
Compteur communicant
L’association appelle alors à ne pas se précipiter et demande aux gestionnaires de réseau davantage de pédagogie sur les bénéfices concrets du compteur pour les prosumers. Cette position reflète le contexte de 2022.
Compensation jusqu’en 2030
La vidéo rappelle l’engagement annoncé pour les installations existantes et celles mises en service avant 2024. Ce mécanisme est présenté comme central pour préserver les conditions d’investissement des ménages.
Autonomie complète hors réseau
La déconnexion totale n’est pas présentée comme un objectif réaliste pour les ménages. BeProsumer défend plutôt un cadre stable et une contribution équitable au réseau.
Batteries et autoconsommation
Le stockage est envisagé comme un levier pour absorber une partie de la production locale, augmenter l’autoconsommation et réduire les contraintes d’injection sur le réseau.
Décrochages d’onduleurs
La hausse de tension et les coupures de production en milieu de journée sont déjà identifiées comme un problème croissant, susceptible d’exiger des investissements importants sur le réseau.
Vidéo 2 · Débat politique
Quel avenir pour les prosumers ?
Sacha Daout anime un échange entre BeProsumer et les représentants de cinq partis. Il ne s’agit pas de décisions de l’Assemblée générale, mais de positions, annonces et désaccords exprimés dans le contexte énergétique de 2022.
- François Desquesnes · cdH / Les Engagés
- Antoine Hermant · PTB
- Laurent Léonard · PS
- Olivier Bierin · Ecolo
- Georges-Louis Bouchez · MR
- Régis François · BeProsumer
- Sacha Daout · modérateur
Clés de lecture
Ce que le débat faisait apparaître en 2022
Trois niveaux doivent être distingués : ce qui rassemblait les intervenants, ce qui restait explicitement ouvert et ce qui révélait des choix politiques différents.
Convergence
Préserver la compensation annoncée
Les représentants présents confirment leur soutien au maintien du compteur qui tourne à l’envers jusqu’en 2030 pour les installations concernées.
Question ouverte
Partager ou vendre le surplus
Le cumul entre compensation, communauté d’énergie et valorisation du surplus est explicitement présenté comme non tranché à ce moment-là.
Divergences
Qui finance la transition ?
Aides aux batteries, investissements réseau, dividendes des intercommunales, tarification dynamique et rôle du public donnent lieu à des visions différentes.
Communautés d’énergie
Les participants voient dans le partage local un moyen d’associer logements, écoles, bâtiments publics et activités économiques. Les désaccords portent surtout sur le calendrier, le cadre et l’échelle à privilégier.
Batteries, recyclage et véhicule-to-home
Le stockage individuel ou collectif est exploré sous plusieurs angles : fiscalité, soutien public, filière de recyclage, hydrogène, automatisation et capacité future des véhicules à alimenter un logement.
Décrochages et renforcement du réseau
Le débat met en lumière la responsabilité des gestionnaires de réseau, le coût du renforcement des câbles et transformateurs, ainsi que la possibilité de faire du prosumer un acteur de l’équilibre local.
Tarification et compteurs communicants
La flexibilité est présentée par certains comme une option incitative, tandis que d’autres alertent sur sa complexité, son automatisation nécessaire et le risque de pénaliser les ménages les moins capables de déplacer leur consommation.
Justice sociale et simplicité
Plusieurs interventions insistent sur la vie réelle des ménages : horaires de travail, chauffage, repas, capacité d’investissement et accès aux outils de pilotage. La transition ne peut être réservée aux plus équipés.
Stabilité juridique
BeProsumer rappelle que l’investissement d’un ménage repose sur des règles prévisibles. Cette exigence de confiance traverse les échanges sur la compensation, les futurs tarifs et l’accès au réseau.
« Le prosumer veut juste un cadre juridique clair, stable, la paix. »
Régis François, lors du débat politique de 2022
Transcription intégrale de la vidéo de l’Assemblée générale BeProsumer 2022, publiée le 25 mars 2022.
# Assemblée Générale BeProsumer 2022 — Transcription Intégrale de la Vidéo *Source : BEPROSUMER - TPCV AG 2022* *Type : Retranscription intégrale mot à mot* --- **[Sacha Daout]** Merci d'être avec nous à l'occasion de cette journée bien particulière à l'initiative de l'asbl Touche pas à mes certificats verts. On est ici pour parler évidemment de notre énergie, celle d'aujourd'hui et forcément celle qui vous intéresse aussi, celle de demain. Les temps troublés que nous connaissons aujourd'hui mettent en avant de l'actualité cette question évidemment cruciale. Plusieurs parties à vous proposer notamment les comptes et puis le nouveau logo de cette asbl avant un grand débat politique où les six principaux partis francophones seront présents — en tout cas ils ont été invités. On verra si les six ont répondu favorablement pour venir discuter justement de l'avenir de notre énergie et en particulier tout ce qui lie aux activités de cette asbl. Alors je vous présente celles et ceux, en tout cas ceux qui sont avec nous déjà maintenant : Régis François, président de l'asbl Touche pas à mes certificats verts. On est aussi en compagnie de Michel Schepens, vice-président de cette asbl, et Stéphane Coudizer, administrateur de l'asbl. Président François, je vais commencer par vous. Un petit mot tout d'abord : peut-être que celles et ceux qui sont avec nous seront étonnés qu'on ne soit pas en présentiel. C’est vrai qu'on est entre nous, avec des mesures sanitaires qui ont été allégées, mais pas de présentiel. C'était difficile à organiser ? **[Régis François]** Évidemment aujourd'hui c'était très compliqué à organiser. On a d'habitude de retrouver une fois par an nos membres au WEX de Marche-en-Famenne avec pratiquement trois mille personnes présentes chaque année. Là, évidemment, les conditions sanitaires ont fait que on a dû prendre les devants dès le début, surtout pour ne pas perdre d'argent, finalement, à tenter d'organiser quelque chose dans lequel on allait pouvoir mettre 200 personnes dans une salle de 3000. Donc voilà, on a... on a préféré faire ça clairement à distance, ce qui ne change rien, ils sont avec nous. Et j'ai également une petite pensée aujourd'hui, en tout cas, pour notre secrétaire Christian qui se trouve malheureusement aux soins intensifs suite à un problème cardiaque. Et donc je demande aussi à nos membres, même si Christian est sûrement avec nous, occupé à nous écouter à l'heure actuelle, de ne pas trop envoyer de mails sur la boîte du secrétariat parce qu'on a dû trouver un plan B également pour remplacer Christian en ce moment. On va parler de l'historique de l'action évidemment de cette asbl. Il prend encore un peu plus son sens, je l'ai dit, avec l'actualité qu'on connaît aujourd'hui. Historique et des actions très très claires et très concrètes déjà depuis la création de l'asbl et bien sûr des actions très concrètes : des actions passées, des actions actuelles, des actions à venir. Donc on a beaucoup parlé ces derniers temps évidemment du fameux tarif prosumer. C'est quelque chose également que l'on va aborder de nouveau dans le débat tout à l'heure. On a également toujours un recours qui est pendant au niveau des certificats verts, notamment de la rétroactivité qui a eu lieu sur 5 années de certificats verts devant la cour d'appel de Liège. Donc ça c'est un volet tout à fait spécifique qui va rester devant la cour d'appel. Donc là en fait on est... on est avec nos avocats justement pour faire valoir nos droits à ce niveau-là. Et également bientôt, voilà, une profonde réforme des statuts que l'on a voulue également, un nouveau visuel pour l'asbl. « BeProsumer », c'est aussi être pro du mur, le devenir, c'est le « Be Belgium » qui sera en fait clairement... devenir une asbl qui va pouvoir agir sur l'ensemble du territoire, qui va même pouvoir organiser des achats groupés, et donc on a profondément modifié l'objet social avec un nouveau logo en effet qui est un logo qui s'est voulu tout simplement beaucoup plus moderne et justement ce nom à connotation un peu moins, je vais dire, axée sur les certificats verts puisque finalement aujourd'hui nous sommes la seule association à défendre l'ensemble des propriétaires de panneaux photovoltaïques, quels qu'ils soient : sous certificats verts, sans prime ou quoi que ce soit. **[Sacha Daout]** Michel Schepens, on va se tourner vers les comptes que vous alliez nous présenter à l'occasion de cette... de cette AG. Et je répète encore une fois, on vous invite à rester avec nous car tout à l'heure, grand débat politique avec des représentants des partis présents au parlement wallon, des partis francophones. Les comptes, donc, et bien... **[Michel Schepens]** Les comptes sont toujours très bien gérés par notre... notre trésorier, donc qui essaye en permanence d'avoir des recettes qui correspondent aux dépenses. Et donc par exemple en 2020 on avait des dépenses de l'ordre de 308 000 euros et des recettes de 305 000 euros. C'était pratiquement équivalent. Et en 2021 les dépenses ont été un peu moins importantes étant donné qu'il n'y a pas eu l'AG au WEX. Et donc là, des dépenses de 294 000 euros, on avait des recettes de 287 000 euros. Et tout ça se répartit en fonction des fournisseurs, des avocats, de la communication et des frais de fonctionnement de l'assemblée générale. L'état des comptes de l'asbl : on a... on a depuis quelques années, depuis trois ans, réparti un petit peu nos avoirs. Donc on a un compte courant qui est à la BNP, de l'ordre de 60 000 euros en 2020 et de 50 000 euros en 2021. On a un carnet de dépôt qui est resté stable à 180 000 euros. Et alors on a passé de l'argent dans différentes banques, que ça soit Keytrade et Nagelmackers, et c'était chaque fois de l'ordre de 100 000 euros chez Keytrade et 250 000 euros chez Nagelmackers. Bref, actuellement on a en compte 582 000 euros pour l'asbl pour principalement répondre à différents frais qui peuvent survenir dans le cadre des différents procès. Alors, au niveau des avocats, on a travaillé tout un temps les deux dernières années avec un cabinet de Bruxelles qui s'appelle cabinet Buquet, et aussi le cabinet qui s'occupe de ce qu'on appelle, nous, les « sans panneaux », le cabinet Bocklandt à Namur et une avocate spécialiste en droit administratif. Le cabinet Keutgen qui nous accompagne, depuis le 10 novembre, est de 210 000 euros en 2020, on a dépensé 175 000 en 2021. Les frais, j'en ai parlé donc, quand il y a eu cette demi-assemblée générale en 2020, pas du tout en 2021 donc il n'y a pas eu de dépenses en 2021 pour les frais d'assemblée générale. Et les frais sinon se répartissent : les fournisseurs, c'est de l'ordre de 70 à 80 000 euros. C'est 80 000 en 2020, c'est 30 000 euros en 2021 principalement. Je pense que c'est la Maison de la Poste... une société qui utilisait des gens handicapés pour tout ce qui est courrier, Cambier du côté de Nivelles, qui représente en général plus de 50 à 55 % des frais. Le reste c'est Belgacom, Webdigit (la société d'informatique), Proximus. Mais ces choses-là, ici vous devez voir sur l'écran un petit peu l'évolution depuis 2013 entre les recettes et les dépenses, et vous constatez que depuis 2017 pratiquement on arrive à avoir une dépense équivalente à la recette à quelques... quelques milliers d'euros près. Donc ce qui est assez intéressant est de voir que on arrive à gérer, entre les rentrées des cotisations, les dépenses pour le... pour l'asbl. Donc le solde en banque, j'en ai parlé tout à l'heure. Voilà en gros... en gros les points de vue budget de dépenses de l'asbl, mais ça les membres ont pu le retrouver sur leur espace membre. **[Sacha Daout]** Vous souhaitez l'expliquer en détail. Stéphane Coudizer, je viens vers vous maintenant parce qu'il va y avoir une modification des statuts. Ça, évidemment, c'est important, mais pourquoi est-ce que c'était nécessaire ? **[Stéphane Coudizer]** Parce qu'en fait c'est obligatoire légalement. En fait, il y a eu un changement de législation. La loi sur les asbl de 1921 a été abolie. Elle a été abolie en 2018 et une nouvelle législation est apparue pour recadrer également les associations. Donc les associations maintenant se retrouvent dans le Code des sociétés et des associations (CSA) puisqu'elles sont devenues des entreprises comme les autres. Et donc il y a obligation également d'adapter cette nouvelle législation et obligation de changer nos statuts, et ce avant le 31 décembre 2023. Donc on se réserve un espace de jeu et c'est pour ça qu'on le fait cette année. Alors en fait, il va y avoir surtout... il va y avoir surtout une grosse différence, c'est que les personnes dites « membres effectifs » à l'heure actuelle vont passer du statut d'effectif à adhérent. Pourquoi ? Parce que selon cette loi, il faut établir un registre des membres effectifs, ce qui est assez difficile lorsqu'ils sont au nombre de quinze mille. Il faut savoir que lorsque l'on va changer les statuts, on va devoir les désigner, normalement, nommément. Ce qui est très difficile pour un volume de membres pareil. Et donc pour éviter ce genre d'écueil à l'avenir, ces personnes-là vont devenir adhérents parce que là, il n'y a pas lieu d'établir un tel registre. Voilà, ça c'est une chose. Deuxième chose, il y a un problème de représentativité. Pourquoi ? Parce que quand les personnes votent, elles sont très peu à voter par rapport au nombre final de membres. Et donc, bah quand on sait les problèmes actuels, comment dire, pour recentrer un peu la chose de manière démocratique, on voudrait donner voix à tous ces membres, et ce sera beaucoup plus facile de le faire en tant qu'adhérents. Il y a aussi un autre problème pratique : c'est qu'il y a une disposition du CSA qui demande à ce qu'un cinquième des membres, quand ils actionnent leur volonté de convoquer une assemblée générale extraordinaire, puissent le faire. Mais à partir du moment où ils savent pas eux-mêmes combien ils sont, de manière pratico-pratique c'est assez difficile de le faire. C'est pour ça qu'à l'avenir, et ce n'est pas ça qui va changer les choses dans le fond, au lieu d'un avis délibératif, les membres vont passer à un avis consultatif. Et donc on ne va pas moins les consulter à l'avenir qu'on ne le faisait de par le passé. Voilà pour les modifications des statuts. **[Sacha Daout]** Dans un instant, Régis François, on va passer aux questions qui ont été envoyées par les membres. Il y a du très concret et vous allez nous apporter les réponses à ces différentes questions. Mais avant ça, avant ça, un petit coup d'oeil sur les votes. Michel Schepens ? **[Michel Schepens]** Oui, mais les votes comme d'habitude se font par Internet. Comme disait Régis, après 2 ans de... de non-présentiel et quelque part d'absence de contact avec nos membres, les votes ont été un peu moins nombreux cette année-ci. Globalement, les cinq administrateurs — donc Vincent, Jacques, Christian Poiret, Régis François, moi-même — qui se sont représentés pour un mandat de deux ans ont été élus. Les quatre candidats administrateurs, que ça soit Charles Costa, Rémi Thirion, Jean-François Remy ou Stéphane, ont été élus aussi avec très peu de voix contre, il faut le reconnaître. Les comptes ont été approuvés pour les années 2020-2021 et décharge a été donnée aux administrateurs et aux vérificateurs aux comptes. Et dans ce cas-là, dans cette étape-là aussi, on doit signaler la démission de 3 administrateurs, principalement pour des raisons de conflits professionnels, car l'asbl prend beaucoup de temps et le niveau professionnel en prend beaucoup pour certains. C'est très difficile de pouvoir ménager les deux et de mener une vie familiale correcte. Donc voilà en grand. Et la réforme des statuts a eu un peu de votes négatifs, 23 votes négatifs sur les 632 votes émis. Donc c'est-à-dire que globalement les membres sont assez d'accord avec les nouveaux statuts. **[Sacha Daout]** Merci pour ce compte rendu détaillé, très très précis. Et je l'ai dit, c'est promis : la parole maintenant aux membres, évidemment à travers des questions qui ont déjà été sélectionnées. C'est important d'aller vers les réseaux sociaux et vers ses membres, j'en sais personnellement quelque chose pour pratiquer régulièrement cet exercice dans les émissions à la RTBF. Régis François, première question : quelles sont les nouvelles concernant le facteur K ? **[Régis François]** Alors, les nouvelles concernant le facteur K, eh bien le facteur K, comme je l'ai dit et expliqué tout à l'heure, nous sommes devant la cour d'appel justement contre cette révision des facteurs K suite notamment à un premier jugement qui a eu lieu devant le tribunal de première instance de Liège. Donc là, les membres pour l'instant ne doivent pas s'inquiéter au niveau du suivi des procédures. On leur a toujours promis qu'on irait jusqu'au bout, c'est exactement ce que nous allons faire. Deuxième chose par contre, c'est la décision de révision du facteur K que ces personnes doivent demander auprès de la DGO4 à Namur, au travers du fameux bandeau rouge qui apparaissait sur le site où ils rentraient leurs certificats verts. Là, on a un énorme problème de temps puisque dès que l'on rentre aujourd'hui une demande, on est pratiquement à un an et demi, deux ans parfois, pour avoir une décision. C'est absolument intolérable. Ils se plaignent là-bas de ne pas avoir assez de moyens. Voilà. Moi je remarque quand même que c'est tout de même assez compliqué, extrêmement frustrant en fait pour ces personnes de devoir attendre aussi longtemps alors qu'il y avait soi-disant une simple formule mathématique dont personne n'a jamais eu connaissance à un moment donné. Donc pour l'instant, que conseille-t-on ? On continue à écrire là-bas, à contester les décisions qui viendraient de cette DGO4. **[Sacha Daout]** Après vos de... conseils (puisque c'est le mot que vous venez d'utiliser), faut-il faire le changement du compteur classique vers le compteur intelligent ou faut-il attendre ? **[Régis François]** Alors oui, ça c'est une question plus, plus, plus complexe. Les smart meters, donc ces fameux compteurs digitaux, en fait sont une obligation européenne. Donc là clairement, au niveau de la Commission, ils ont demandé aux États membres d'avoir un déploiement massif de ces smart meters. On est beaucoup plus avancés actuellement en Flandre qu'en Wallonie. En Wallonie, les plans sont d'un déploiement de 50 % à l'horizon 2030 d'après les derniers chiffres que j'ai obtenus des GRD (gestionnaires de réseau de distribution). Alors aujourd'hui, est-ce qu'on doit le faire ? Clairement, non. Moi j'attends d'avoir des entrevues avec les GRD parce qu'on a quand même un gros souci : c'est qu'ils ont difficile aujourd'hui de me donner un seul avantage pour le propriétaire de panneaux photovoltaïques à demander cette modification de compteur. Je ne dis pas qu'aujourd'hui nous étions absolument contre le Linky — ces fameux compteurs français d'ailleurs qui sont assez contestés aujourd'hui. Nous sommes sur une autre technologie qui est en déploiement... qui va être déployée, pardon, en Wallonie. Mais on leur demande juste d'attendre encore un peu, il n'y a aucune raison de se précipiter. Et je précise d'ailleurs que c'est dans la déclaration de politique régionale : on laisse le libre choix ou pas d'accepter ce type de compteur. Il est donc hors de question à l'heure actuelle pour les GRD d'arriver et d'obliger, en tout cas à nos yeux, à changer de compteur. Ils me disent : « Oui, mais dans ce cas-là on pourrait très bien couper l'électricité chez les gens ». Je leur réponds simplement que s'ils veulent éviter d'avoir trois mille personnes devant leur porte le lendemain, ils devraient éviter toute coupure. **[Sacha Daout]** Et que faire si on est contacté justement pour changer notre compteur par un compteur communicant ? **[Régis François]** Alors, en fait, simplement à ce moment-là, prendre déjà contact avec le GRD. Encore une fois, je précise que je n'ai pas dit que ces compteurs ne servaient absolument à rien. Ils ont évidemment une utilité pour mieux gérer les flux d'énergie sur les réseaux. Mais j'attend surtout de la part des GRD — je pense qu'ils ont bien compris, je vais citer uniquement les deux plus grands, ORES et RESA — c'est qu'on a besoin, au niveau des prosumers, de pédagogie, que l'on explique aux gens en quoi ce type de compteur à l'avenir va être un avantage pour gérer leurs panneaux photovoltaïques, plutôt que de leur renvoyer une simple lettre en leur disant qu'on va se présenter tel jour à telle heure avec dans le coin supérieur droit « Liège, date de la poste ». On attend quand même un peu plus de pédagogie à ce niveau-là. **[Sacha Daout]** En payant la taxe prosumer, le surplus injecté sera-t-il toujours récupérable gratuitement lorsque c'est nécessaire ? **[Régis François]** Alors ça c'est en fait le fruit... c'est en fait le principe du compteur qui tourne à l'envers qui est contesté actuellement par certains acteurs du marché. On sait que d'office, voilà, ce compteur qui tourne à l'envers, pour... pour certains acteurs, pose problème. Moi je remarque juste une chose, c'est que d'un point de vue politique on l'a fixé dans les chiffres. C'est-à-dire que tout futur prosumer qui va commander ou faire installer des panneaux jusqu'au 31 décembre 2023 va pouvoir bénéficier du compteur qui tourne à l'envers jusqu'en 2030. Et pour les actuels prosumers — donc pratiquement l'ensemble évidemment de nos membres — eh bien automatiquement, le compteur qui tourne à l'envers est garanti aujourd'hui jusqu'en 2030. Sauf, évidemment, énième retournement de situation juridique ou décisionnelle d'un point de vue politique qui viendrait à supprimer cet avantage. Je rappelle que les prosumers aujourd'hui en Wallonie sont plus de 200 000. Il faut quand même tout doucement faire attention à ce qu'on va faire parce que ce sont 400 000 bulletins de vote dans les urnes. Donc il vaut mieux laisser cet avantage pour l'instant. **[Sacha Daout]** Comment peut-on se déconnecter du réseau sans enlever les panneaux ? **[Régis François]** Alors, comment peut-on se déconnecter du réseau sans enlever... Il n'est absolument pas, aujourd'hui, dans l'idée de vouloir se déconnecter des réseaux électriques. Pourquoi ? Parce que déjà, c'est quasi impossible à moins d'investir dans un container complet de batteries qui va coûter dans les cinq cent mille euros. Et à ce moment-là, il est peut-être possible de se déconnecter du réseau, mais ce n'est évidemment pas le but. Ce que l'on veut surtout, c'est avoir un cadre juridique clair, aussi bien pour les prosumers actuels que pour les futurs qui vont être de plus en plus nombreux, et payer à ce moment-là un tarif juste par rapport justement à l'apport que l'on donne aujourd'hui sur le réseau en termes d'électricité. Parce que la présence des prosumers est également bénéfique pour le réseau, ce n'est pas uniquement un bénéfice pour eux, il y a aussi un bénéfice pour la collectivité notamment en matière de diminution des coûts de l'énergie. **[Sacha Daout]** Beaucoup de questions aussi, dont celle-ci : on en est où avec les cinq années de certificats verts perdus ? Y a-t-il encore une chance de les récupérer ? **[Régis François]** Non, non, il y a encore clairement une chance de... de les récupérer. C'est d'ailleurs pour ça que nous sommes devant la cour d'appel. On a attendu un petit peu d'ailleurs avant de déposer un recours devant la cour d'appel pour deux motifs bien précis : c'est que l'on attendait en fait deux jugements de cette même cour d'appel de Liège sur, en fait, un principe constitutionnel tout à fait spécifique. Je ne vais pas détailler ici, on fera bientôt une réunion avec nos avocats pour que ça soit détaillé et expliqué. Il y a beaucoup d'arguments qui ont été présentés devant le tribunal de première instance qui sont mis de côté aujourd'hui. Je rappelle que le tribunal de première instance a aussi reconnu que les fameux 7 % dont on parle régulièrement, eh bien, n'avaient pas de socle clair et que donc il pouvait même être à la limite de l'illégalité. Donc on est vraiment dans un flou juridique un peu... un peu complet, je veux dire ça comme ça. Donc aujourd'hui, oui, devant la cour d'appel, il y a encore possibilité de récupérer les cinq années. **[Sacha Daout]** Évidemment, des questions sont parvenues aussi en ce qui concerne l'actualité — on ne va pas faire un dessin — et voici celle qui a été retenue : compte tenu de l'actualité en Ukraine et de la volonté affichée des instances européennes de tendre vers une autonomie énergétique, y a-t-il une chance pour que nos responsables politiques voient les prosumers d'un œil différent et pensent à nous soutenir, plutôt qu'à nous taxer davantage ? Qu'en est-il des batteries ? On va leur poser la question dans quelques minutes. **[Régis François]** On va... on va écouter un petit peu voilà quelles sont les visions de chaque parti à ce niveau-là. Il est clair que, évidemment, on se rend compte qu'aujourd'hui, eh bien il y a deux types d'énergie. L'énergie la moins chère, c'est toujours celle que l'on ne consomme pas. Et c'est évidemment aujourd'hui les citoyens qui ont là, ou le pouvoir en tout cas, de produire. Pour être concret par rapport aux batteries, on est face à deux choses. Les batteries aujourd'hui, les GRD en eux-mêmes les voyaient comme étant des concurrents, mais clairement des concurrents, il y a de cela un an, un an et demi. Aujourd'hui, il y a un changement de paradigme parce que je discute aussi beaucoup avec eux, dans ce sens où ils se rendent compte aussi qu'on est face à un énorme problème dont on va aborder le sujet également tout à l'heure avec... avec nos représentants politiques ici : c'est que de plus en plus de rues en Wallonie ont les installations photovoltaïques qui déconnectent, de 11 heures par exemple à 14 heures, parce qu'il y a trop d'électricité qui est injectée sur le réseau. On m'a dit chez les GRD : « Oui mais Régis, tu dois bien comprendre que ça va nous demander des ajustements à coups de centaines de millions d'euros pour tout mettre à jour, on va devoir doubler les câbles et autres ». Mais encore une fois, je pense qu'on prend... on prend le problème un petit peu à l'envers dans le sens où on peut se faire également du prosumer un allié. C'est-à-dire quelqu'un qui, à ce moment-là, pourrait automatiquement, plutôt que de rejeter cette électricité sur le réseau, la stocker dans une batterie. Et là, en fait, on vit une relation de gagnant-gagnant entre le GRD et finalement, eh bien, cet acteur de la transition énergétique qui est le possesseur de panneaux photovoltaïques. Donc clairement aujourd'hui, oui. Évidemment avec l'Ukraine on se rend compte que construire deux centrales à gaz, comme on veut le faire pour produire de l'énergie, eh bien il va falloir s'habituer à payer son kilowattheure beaucoup plus cher qu'auparavant. Alors qu'aujourd'hui, encore une fois... j'ai payé 21 000 euros en 2011 pour placer, même en 2010 pardon, pour placer mes panneaux photovoltaïques. La même installation aujourd'hui coûte 5 500 euros, c'est-à-dire à peu près un quart. Donc si je n'ai qu'un conseil à donner : oui, évidemment, si on veut une transition énergétique claire, on va devoir se lancer dans les panneaux photovoltaïques. Mais pour ça, encore une fois, il ne faut pas faire de cette transition un colosse aux pieds d'argile. C'est-à-dire avoir une énorme statue en termes de transition énergétique qui soit extrêmement puissante et finalement avec des pieds en sable parce qu'on a un cadre juridique qui n'est pas respecté ou qui change tous les deux ans. **[Sacha Daout]** Donc voilà, un grand merci messieurs pour cette première introduction. Un événement qui sera... mais qui sera retransmis via les canaux Internet classiques, traditionnels, YouTube notamment. Et la suite, évidemment, c'est ce débat qui va vous permettre à vous, Régis François, d'être aussi confronté aux représentants des différents partis qui ont été invités à cette table. On se retrouve dans quelques instants, à tout à l'heure !
Transcription intégrale éditée de la vidéo du débat politique BeProsumer 2022, publiée le 25 mars 2022.
# Débat Politique BeProsumer 2022 — Transcription Intégrale *Source : BEPROSUMER - TPCV Débat Politique 2022* *Type : Retranscription intégrale mot à mot corrigée des coquilles phonétiques* *Modérateur : Sacha Daout (RTBF)* --- **Sacha Daout** Et on se retrouve donc, à l'initiative de l'asbl Touche pas à mes certificats verts, pour un débat qui va concerner justement cette importante thématique, bien dans l'air du temps et bien dans l'actualité évidemment. On a eu l'occasion de vous présenter déjà le nouveau nom de l'asbl, puisque Touche pas à mes certificats verts devient **BeProsumer**, avec un nouveau logo. Vous découvrirez tout ça évidemment sur les réseaux sociaux dans quelques jours. Je vous présente les invités de cette table ronde, table ouverte, table de discussion, table de débat comme on l'entend. Dans l'ordre, je vous présente : - **François Desquesnes**, député wallon, chef de groupe cdH / Les Engagés ; - **Antoine Hermant**, député wallon PTB ; - **Laurent Léonard**, député wallon PS ; - **Olivier Bierin**, député wallon Ecolo ; - **Georges-Louis Bouchez**, président du Mouvement Réformateur (MR) ; - **Régis François**, président de l'asbl Touche pas à mes certificats verts (BeProsumer), donc encore pour quelques jours. Voilà pour les présentations. Il était évidemment important de discuter de l'avenir de cette importante thématique en Belgique, et a fortiori en Région wallonne. Avec évidemment cette question qui a été une des plus souvent posées, et j'imagine à cette asbl : ce fameux compteur qui tourne à l'envers. Il y a beaucoup d'inquiétude, je ne vous le cache pas, autour de tout ça, avec des gens qui ont un peu l'impression que, sans trop leur dire, ce doux rêve d'un compteur qui tourne à l'envers va s'arrêter. Rapide tour de table peut-être pour vos positions, parce que je pense que là-dessus il faut être très, très clair. Position des uns et des autres sur ce compteur : est-ce que oui ou non on le maintient jusqu'en 2030, ce principe du compteur qui tourne à l'envers ? Je commence par vous, Antoine Hermant. **Antoine Hermant** En fait, je comprends que les gens ont des craintes par rapport à ce compteur qui tourne à l'envers. À partir du moment où on passe à un compteur intelligent, un compteur communicant, on a l'information sur les flux, sur les entrées et les sorties d'électricité. À ce moment-là, je comprends que les gens craignent qu'il y ait des taxes, qu'il y ait des prix qui varient pour la consommation des ménages ou pour l'aspect prosumer, l'aspect exportation des flux sur les réseaux. Et donc je comprends que les gens se posent des questions et aient des craintes par rapport à ça. Nous aussi, on est très dubitatifs par rapport au compteur intelligent parce qu'on craint que des modifications tarifaires qui sont en préparation pour 2024 vont avoir un effet qui n'est pas toujours désirable pour les familles, comme des tarifs dynamiques en fonction de l'heure de consommation, etc. **Sacha Daout** Donc oui, on comprend la crainte en tout cas des gens. Est-ce qu'honnêtement ils ont raison d'être inquiets, Olivier Bierin ? **Olivier Bierin** Eh bien alors, la réponse est non. J'en profite pour féliciter BeProsumer pour son changement de nom. Mais donc, il est bien prévu de maintenir le compteur qui tourne à l'envers jusqu'en 2030. Ça, c'est garanti, c'est dans le projet de décret qui passe très bientôt, le projet de décret *Market Design* qui passe très bientôt au Gouvernement wallon et qui contient aussi des dispositions sur les communautés d'énergie dont on aura l'occasion de parler plus loin dans le débat. Et ce sera valable pour toutes les installations de panneaux placées jusqu'en 2023 (fin 2023 / début 2024). Après cette date-là, par contre, l'Europe interdit, empêche de continuer ce principe du compteur qui tourne à l'envers. Mais donc toute installation qui est placée avant 2024 pourra bénéficier du compteur qui tourne à l'envers jusqu'en 2030. Il n'y a pas de limite à ce niveau-là. **Sacha Daout** Georges-Louis Bouchez, au niveau du Gouvernement wallon, j'imagine qu'on ne touche pas à ça ? **Georges-Louis Bouchez** Oui, effectivement, on ne touche pas au compteur qui tourne à l'envers. Alors, sur les communautés d'énergie, malheureusement, on a perdu du temps parce qu'il y avait déjà un décret qui était prévu en 2019, il fallait prendre les arrêtés d'exécution, et le ministre Henry a voulu tout recommencer. Donc même si le nouveau décret devrait être voté en mai, il faudra ensuite attendre les arrêtés d'exécution, donc ça crée un petit peu d'indécision en la matière. Mais il n'y a pas de difficulté : le compteur qui tourne à l'envers jusqu'en 2030, ça c'est un engagement ferme et précis de l'ensemble des partis membres du Gouvernement wallon. **Sacha Daout** Le PS était favorable à cette idée alors, de maintenir ? On a entendu parfois certains — et c'était peut-être de fausses rumeurs — dire : "Il y a peut-être des couacs, on se demande s'il faut bien le maintenir", etc. D'où les doutes qui ont pu naître dans la population, Laurent Léonard. **Laurent Léonard** On est favorables évidemment au maintien de ce compteur qui tourne à l'envers jusqu'en 2030. Alors c'est vrai que, dans un premier temps, les prix des panneaux étaient relativement élevés, donc il fallait des incitants forts. Aujourd'hui, les prix se sont démocratisés, mais vu en plus l'évolution des prix de l'énergie, qui sont deux ou trois fois plus chers, voire même plus qu'auparavant, nous sommes favorables évidemment à ce compteur qui tourne à l'envers. **Sacha Daout** Confiance dans ce que vous venez d'entendre, François Desquesnes ? **François Desquesnes** Oui, parce qu'il y a un texte, il n'y a pas de doute, voté je pense à l'unanimité au Parlement de Wallonie il y a une grosse année sur ce principe-là. Donc ça, c'est un aspect qui semble clair pour ceux qui ont installé ou ceux qui vont installer dans les mois qui suivent. Et après, ça ne doit pas empêcher, je pense, la Wallonie d'encourager la mise en place de compteurs communicants. Et aujourd'hui, de ce côté-là, on est en retard par rapport aux autres régions, et on doit vraiment accélérer, surtout par rapport à la Flandre. On doit vraiment accélérer ça parce qu'on le voit ici avec la crise ukrainienne, les enjeux je dirais d'autonomie de réseaux locaux, de communautés d'énergies renouvelables, et finalement d'indépendance et de souveraineté énergétique, ils sont réels. Or, ça peut se faire avec une meilleure intelligence entre la consommation et la production. Et c'est là-dessus qu'on doit travailler, et de façon décentralisée. Et donc l'accent doit aussi être mis là-dessus. Ça ne doit pas être un frein pour qu'on puisse continuer à avancer pour les producteurs qui sont installés ou qui vont s'installer dans les prochains mois. Ça doit rester, et il n'y a pas de discussion puisqu'il y a unanimité politique sur le sujet. Mais l'encouragement à passer à un mode plus intelligent, plus collaboratif, plus collectif de la production et de la gestion de l'énergie fait partie de la nécessité que nous avons pour renforcer l'indépendance et l'autonomie énergétique de la Belgique et de la Wallonie. **Sacha Daout** On va parler des communautés d'énergie dans un instant. Régis François, ce premier tour de table vous rassure sur cette première idée bien précise ? J'imagine que oui ? **Régis François** Alors oui, je suis rassuré. Et donc c'était bien en effet ce qui était noté. J'entends que tous les partis, on arrive quand même à un consensus là-dessus parce qu'aujourd'hui en fait, ce compteur qui tourne à l'envers, c'est encore la seule, entre guillemets, la seule subvention qu'un prosumer reçoit aujourd'hui, même si c'est une subvention détournée. On les accuse parfois, ces prosumers, de dire : "Oui, mais ce compteur qui tourne à l'envers empêche quelquefois de mieux consommer l'énergie à un moment, à un instant T". Je vais simplement vous donner un chiffre aujourd'hui à l'heure où je vous parle : l'électricité sur les marchés de gros, elle est à -40 euros du mégawattheure. Ce soir à 20 heures, elle va être à 398 euros du mégawattheure. Et donc là, on se rend compte qu'on a une corrélation en fait d'événements : nous sommes dimanche, on a quand même une bonne brise, on a du vent notamment à la côte, toutes les éoliennes produisent et envoient de l'électricité, et on a une luminosité correcte, ce qui fait que voilà, on a quand même une grosse disparité dans les prix de l'électricité. Donc là, le prosumer aujourd'hui, on voit aussi que soit le vent, soit le soleil fait diminuer aussi à un moment donné les prix, c'est très, très clair. Mais de l'autre côté, ce compteur qui tourne à l'envers, moi ce qui me fait le plus peur, c'est qu'à un moment donné il viendrait à être supprimé. Et pour une catégorie très précise de personnes : ce sont des personnes qui s'équipent de pompes à chaleur. Ils arrêtent avec le mazout et/ou le gaz aujourd'hui parce que le prix du gaz flambe, et donc ils s'équipent plutôt de pompes à chaleur. Et là, oui, on peut accuser ces personnes de devoir aller chercher 85 % de leur énergie à un instant où ils ne la produisent pas dans le volume. OK, d'accord, mais c'est quand même un principe qui à mon avis, même si je suis assez rassuré, doit rester fondamental. **Sacha Daout** On entend quand même une crainte, donc, c'est que ça ne soit supprimé. C'est envisagé ça quelque part ? **Georges-Louis Bouchez** En fait, je pense qu'il faut quand même distinguer deux éléments. Il faut distinguer ceux vis-à-vis desquels l'État doit tenir ses promesses — et c'est ça en fait qui a pourri ce débat, c'est qu'on a pris des engagements à l'égard des citoyens et au fur et à mesure des années on a détricoté, changé et modifié, et donc il y a une perte de confiance majeure. Mais donc ça, le premier cas, c'est que les personnes qui se sont engagées selon des termes, on doit respecter les termes sur lesquels on s'est engagé. Pour les futures installations, c'est-à-dire quelqu'un qui aujourd'hui n'a pas de panneaux photovoltaïques, là, je pense qu'effectivement on peut revoir le mécanisme, pour une raison qui est très simple, c'est que ça a été dit : aujourd'hui, parce que j'entends qu'il y en a plein qui veulent inciter aux énergies renouvelables, mais aujourd'hui l'État ne doit plus subventionner comme il devait le faire il y a quinze ans, pour une raison qui est très simple : les prix de l'énergie sont tellement élevés que ces mécanismes qui n'étaient pas toujours rentables le deviennent au fur et à mesure. Un exemple bien précis, c'est l'éolien offshore. L'éolien offshore, il fallait subventionner fortement à une époque. Depuis 2015-2016, c'est autosuffisant. Vous pouvez faire un business model sans aides d'État où votre éolien offshore devient rentable. C'est un peu comme les plateformes pétrolières en mer : quand on pouvait facilement aller chercher du pétrole en Arabie Saoudite par rapport à nos besoins, aller forer en mer n'était pas rentable. Mais au fur et à mesure des années, vu que le pétrole a augmenté, eh bien aller forer en mer devenait intéressant. On est dans la même évolution de marché et on doit aussi en tenir compte pour le futur. Mais je dis bien, c'est pour le futur, il faut préserver toutes les personnes qui aujourd'hui ont des installations, parce qu'il y a des engagements. Et donc ces gens, avec leur argent, ont fait des choix avec des conditions qui étaient précisées. Si vous changez ces conditions, eh bien vous détruisez finalement leur business model, et le business model d'un ménage, c'est son pouvoir d'achat. **Sacha Daout** Les communautés d'énergie, vous l'avez évoqué en introduction tout à l'heure, Olivier Bierin. Beaucoup de questions nous sont parvenues pour dire : "Oui mais c'est pour quand les communautés d'énergie ?" **Olivier Bierin** Mais donc ça, c'est dans le fameux décret dont Monsieur Bouchez et moi-même venons de parler, qui est prêt, qui va passer en troisième lecture au Gouvernement. Après, il faut le temps qu'il arrive au Parlement, que les arrêtés d'exécution soient mis en place. Donc pour cet été, normalement, les premiers... les premiers projets pourront être soutenus davantage. Alors, les avantages des communautés d'énergie, il y en a beaucoup. Ça permet de mettre en commun de la consommation et de la production au sein d'une zone d'activité économique, au sein d'un voisinage avec ses voisins, au sein d'un immeuble à appartements aussi. Ça, c'est vraiment important parce qu'il y a une aberration dans la situation actuelle : c'est que vous avez des milliers d'hectares de surfaces qui pourraient être exploitées dans les villes et qui ne le sont pas parce que les règles actuellement ne permettent pas de mutualiser la production. Si vous installez des panneaux sur le toit d'un immeuble à appartements aujourd'hui, vous pouvez alimenter les communs, ça n'intéresse personne, il n'y a pas de consommation suffisante là-bas. À partir de la mise en place des communautés d'énergie, vous pourrez mutualiser et faire profiter aussi les locataires, les propriétaires d'appartements de la transition énergétique. **Sacha Daout** Surplus d'électricité produite : on en parle souvent de ce surplus d'électricité et beaucoup se demandent s'il est possible, envisageable de le revendre, ce surplus. Laurent Léonard, votre avis là-dessus ? **Laurent Léonard** Je pense qu'il y aura, dans le cadre des communautés d'énergie, des possibilités de revente de surplus. Ce qu'il y a dans les communautés d'énergie, évidemment, l'objectif c'est d'utiliser l'énergie, de la consommer, bien entendu. Et ça aura un impact inévitablement sur le réseau, c'est une réalité puisqu'il y aura plus d'énergie ou moins d'énergie réinjectée sur le réseau, donc également sur le coût, mais aussi un aspect social qui est important : on peut se retrouver demain avec une communauté citoyenne et notamment alimenter peut-être des immeubles d'habitation sociale ou autre. Je pense que c'est quelque chose d'important. **Sacha Daout** Avec évidemment, si oui, s'il y a possibilité de revendre, beaucoup risquent en tout cas de craindre — mais ça, c'est ce qu'on voit aussi beaucoup sur les réseaux sociaux — c'est finalement de devoir renoncer, on en parle, à ce fameux compteur qui tourne à l'envers. François Desquesnes ? **François Desquesnes** Tout d'abord oui, donc je pense que pour le compteur qui tourne à l'envers, on l'a déjà expliqué, redit, les jeux sont clairs, il y a une unanimité aujourd'hui politique sur cette action. Et à plus long terme, au-delà de 2030, il n'y a pas d'engagement évidemment. Et pour les nouvelles installations après 2024, il n'y a pas d'engagement, je pense qu'on sera dans un autre système et on aura des amortissements puisque les investissements auront été réalisés depuis un certain temps. Ce qui est important, c'est le retard malheureusement qu'on a aujourd'hui dans les communautés d'énergies renouvelables. Effectivement, en mai 2019, il y a eu un décret, c'était le décret Crucke qui mettait ça en place et qui permettait ne fût-ce que sur une série d'éléments de réaliser un partage de l'énergie. Donc, certains qui produisent une énergie puissent en fournir à leurs voisins, une forme d'autocommation élargie. Ça, c'est évidemment vertueux, pourquoi ? Parce que ça permet évidemment de créer un maillage local plus fort, de proximité d'une part, d'autre part, ça évite de faire un investissement important dans le réseau. Or, il y a aussi un coût caché qui est le coût finalement des tuyaux. J'entendais... on avance cet échange, les difficultés que certains avaient dans certaines rues de fournir de l'électricité au réseau et les onduleurs qui se mettaient sous... d'autres GRD disaient "on n'a plus de capacités, on n'a pas de moyens". Je pense que ces éléments-là, on aurait déjà dû les mettre en œuvre. C'est une directive d'ailleurs sur laquelle la Wallonie a du retard. Le décret de 2019, certes, il n'avait pas toutes les facultés de développement qui sont aujourd'hui envisagées par le ministre Henry, mais il avait au moins la possibilité de mettre ça en place, et je regrette qu'on n'ait pas, depuis plus de deux ans maintenant, mis les arrêtés d'exécution pour permettre l'exemple que vous citiez, Monsieur Bierin, à savoir celui de mettre des panneaux sur un immeuble à appartements et de pouvoir partager cet élément-là. Ils auraient pu être mis en place dans le décret actuel, le décret Crucke de 2019. **Sacha Daout** Antoine Hermant, vous diriez quoi ? En 2030, vous diriez si... si même s'il y a la revente de surplus d'énergie, on garde le compteur qui tourne à l'envers ou est-ce qu'au contraire pour vous, il va y avoir quelque chose de trop ? **Antoine Hermant** Et donc, il y a... il y a plusieurs éléments là-dedans. Donc le premier élément, je trouve qu'on doit éviter de rendre individuellement les gens responsables de la transition énergétique. Et donc si on a comme solution au surplus d'énergie qui est produit à un moment donné... si on rend responsable la personne en adaptant des tarifs par exemple — c'est ça qui est sur la table pour la modification de tarifs à partir de 2024 — nous, avec ça, on n'est pas d'accord. Nous, on trouve plutôt que l'enjeu, c'est le stockage d'énergie. Et donc l'enjeu du stockage d'énergie, il doit y avoir des investissements qui sont faits de manière collective, c'est-à-dire que le stockage ne soit pas fait uniquement au niveau de sa propre maison, mais qu'il y ait des déstockages d'énergie qui soient faits sur un territoire via des technologies qui existent au niveau de l'hydrogène, une batterie, etc., pour répondre à ce défi très important. Et donc nous, on a peur qu'avec justement l'apport de ces compteurs intelligents, on remette la responsabilité du fait qu'il n'y ait pas de l'énergie renouvelable tout le temps sur le dos des gens individuellement. Ça, c'est notre grande crainte. Souvent le ministre intervient pour dire qu'on veut éviter les gros investissements en encourageant les compteurs communicants, et c'est justement là-dessus que nous, on a des craintes, sur le fait qu'on n'investisse pas et qu'on demande aux gens finalement de consommer leur tasse de café à deux heures du matin ou à 14 heures plutôt qu'à 7 heures du matin. **Sacha Daout** Vous avez évoqué les batteries de stockage justement, je voulais qu'on en touche un tout petit mot. Régis François, on a un peu l'impression que ça, c'est une des clés de l'avenir, ces fameuses batteries de stockage. On va parler des inquiétudes liées à la taxation de ces batteries dans un instant. Pourquoi est-ce que c'est à ce point fondamental, ces batteries de stockage ? **Régis François** Mais simplement parce qu'elles vont permettre, entre guillemets, et bien de stocker l'énergie produite à un instant T pour la réutiliser à un instant T plus d'un... un peu plus de... plus trois, c'est-à-dire le soir, la nuit et autres. En fait, souvent, on prend le problème un petit peu à l'envers, je pense. J'entends que pour la tarification de 2024, on va venir tout de suite après parce que c'est vraiment important comme sujet, on va avoir et bien des tarifs, entre guillemets, dits incitatifs. On va inciter par exemple les gens — je l'ai entendu dans des réunions, etc., avec les GRD — à éviter à ce que les gens qui ont une voiture électrique ne rechargent leur véhicule à 17 heures. OK, je peux totalement comprendre, on sait qu'on a évidemment l'offre et la demande au niveau de l'électricité. Mais d'un autre côté, je pense qu'on prend le problème un petit peu à l'envers, c'est-à-dire que on devrait avoir un tarif plutôt incitatif dans lequel le propriétaire de véhicule électrique puisse alimenter, ait la liberté d'alimenter sa maison à partir à ce moment-là de 17h, et finalement plutôt que de recharger, soit un acteur directement de cette chose-là. Donc ça, c'est une technologie qui doit arriver et qui va exister maintenant. Au niveau des batteries, la principale cause qu'ont les personnes dans notre asbl, la principale crainte plutôt, c'est : est-ce qu'on ne va pas venir nous installer une taxe là-dessus tout de suite ? **Georges-Louis Bouchez** Ah, si vous voulez rassurer tout le monde tout de suite, non, tout de suite vous allez être rassuré : il n'y aura pas de taxe sur les batteries. Si le MR le veut, il n'y aura pas de taxe, s'il n'y a pas de MR, je ne garantis rien. Jusqu'à présent, l'État a taxé tout ce qui bougeait, donc il n'y a pas de souci. Donc, c'est vrai que c'est très rassurant. Mais si vous me permettez, par rapport à cet élément-là, je pense, et Monsieur Hermant l'évoquait, il y a un autre problème : c'est que je vois bien, c'est normal que tout le monde regarde par rapport à sa situation, mais on va être tellement limites, pour être clairs avec les gens, dans la capacité que nous avons à produire de l'électricité dans les prochaines années puisque la consommation électrique va augmenter fortement. Et d'un autre côté, on m'a demandé de ne pas parler de nucléaire, donc je n'en parlerai pas, mais il y a des enjeux en matière de capacité. Le résultat de tout cela, c'est que on devra peut-être cumuler effectivement le compteur qui tourne à l'envers plus la vente d'électricité, parce qu'il ne faut pas non plus faire naître de faux espoirs sur les batteries. La batterie qui permettrait de conserver à un niveau individuel... quelques batteries Tesla qu'on a développées d'ailleurs au niveau domestique, c'est très bien. Mais globalement, on a un double problème. Le premier, c'est qu'il faudrait déjà que les GRD soient en capacité d'accueillir, même quand il y a beaucoup de soleil, toutes les quantités d'énergie qui sont produites, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Aujourd'hui, on vous remet un rupteur, on vous empêche d'aller au-delà. Et le deuxième élément, c'est qu'en Belgique on n'a pas de montagnes, donc des batteries hydrauliques qui permettraient de faire tourner des roues avec de l'eau pour conserver l'énergie, on ne saura pas le faire. Donc la solution, ce serait de produire peut-être de l'hydrogène. Alors à ce moment-là, grâce au surplus d'électricité. Mais ça veut dire que le nombre d'investissements est colossal. Il y a d'un côté les compteurs intelligents parce qu'on en aura besoin, de l'autre le renforcement du réseau, et enfin la capacité que le réseau aurait de se délester des quantités supplémentaires d'énergie quand elles ne sont pas demandées. Exemple : en été, par exemple, vous avez plutôt besoin d'électricité en journée pour la climatisation. En hiver, c'est plutôt le soir. Donc c'est pour cela aussi qu'on a besoin d'un compteur intelligent et d'un réseau qui soit en capacité de s'adapter. **Sacha Daout** Vous avez été très bien, très bref. Olivier Bierin, j'ai vu aussi passer ça pas mal sur les réseaux sociaux : "la batterie, OK, très bien, mais batterie égale catastrophe écologique". Vous répondez quoi ? Parce qu'on a dit "pas de taxation", mais est-ce que vous êtes prêts à encourager ce système qui inquiète beaucoup ceux qui vont dire : "mais ces batteries, qu'est-ce qu'on en fait par rapport au recyclage ?" **Olivier Bierin** Ça, il y a des solutions technologiques qui existent. La ministre Tellier notamment a lancé des filières par rapport à cette question-là. À la fois il y a un enjeu environnemental qui est évident, c'est que ces batteries ne doivent pas se retrouver dans la nature après, avec un pouvoir de pollution très important, et donc il faut une filière de recyclage. Mais il y a aussi un enjeu très important économique, qui est de création d'emplois, de création de valeur ajoutée chez nous. Donc, qu'on ne renvoie pas ces batteries soit pour qu'elles soient enterrées, soit pour qu'elles soient recyclées en Chine ou en Amérique du Sud, mais qu'on crée de la valeur ajoutée chez nous en les remettant dans le circuit. Donc ce fameux principe de l'économie circulaire qu'on soutient dans tous les secteurs, mais qui a d'autant plus de sens ici pour les énergies renouvelables. **Sacha Daout** Laurent Léonard, encourager ce système-là, est-ce que ça doit se faire via des subsides ? **Laurent Léonard** Alors, je pense qu'il pourrait y avoir des incitants, je pense qu'on pourrait parler de la TVA. Je pense qu'une TVA à 6 % ne serait pas quelque chose de complètement irréaliste. Je pense que les batteries effectivement peuvent renforcer la sécurité d'approvisionnement, mais je pense que c'est un tout. On a parlé de renforcer les réseaux, parce qu'il y a des réalités par rapport à ça. On a parlé de bien utiliser l'énergie quand elle est produite, mais il faut se rendre compte aussi que ces réalités-là doivent pouvoir exister en fonction des réalités des gens également. Tout le monde n'a pas la possibilité à un moment donné d'être chez lui pour lancer sa machine... Donc il y a des réalités auxquelles on devra à un moment répondre, et c'est important. Et par rapport à cela, il y a aussi des réflexions par rapport à la domotique... donc c'est un tout et on ne peut pas se permettre de travailler et de parler uniquement batteries parce qu'il y a cette réalité des batteries, uniquement panneaux... voilà, je pense qu'on doit voir ça de manière holistique. C'est ce qu'on fait ici et je me réjouis d'ailleurs de voir qu'il y a des accords sur un certain nombre d'éléments. **Georges-Louis Bouchez** Il y a moyen de trancher aujourd'hui. Tous ceux qui gèrent ces réseaux sont dans des intercommunales. Les communes — et on le voit, je pense qu'il y a plusieurs élus communaux ici — sont contentes d'avoir aujourd'hui les dividendes de ces intercommunales. Mais en matière d'investissement, on est hyper loin du compte pour des échéances qui arrivent dans quatre, cinq, six ans. Donc c'est très bien qu'on soit d'accord sur le principe, mais entre le principe et le fait de faire les travaux, de trouver les solutions et autres, on est très, très loin du compte. Et quand je vois les difficultés qu'on a en matière d'investissements d'infrastructures — je ne veux pas lancer un débat compliqué — mais par exemple, si vous prenez la Boucle du Hainaut où là, on parle des lignes à haute tension pour acheminer l'énergie produite par l'éolien offshore. Alors, il y a toute une résistance citoyenne qui peut se comprendre par rapport aux craintes suscitées par la haute tension, mais des chantiers de ce type-là, il va falloir en mener plusieurs si on veut réussir la transition. Et pour le moment, j'ai le sentiment qu'on regarde un petit peu par le petit bout de la lorgnette, par le chas de l'aiguille quoi. On regarde ça en disant : "Il faudrait mettre un peu plus de panneaux", très bien, mais aujourd'hui déjà, maintenant, je pense qu'en tant qu'utilisateur, vous avez subi le cas où quand il y a beaucoup de soleil, on bloque quand même votre capacité à renvoyer de l'énergie. **Antoine Hermant** Sur ce qu'on parlait d'automatisation : si on commence à avoir des tarifs différenciés journaliers, il faut avant tout trouver des mécanismes automatisés pour que les gens n'aient quand même pas à commencer à regarder s'ils passent... ça favorisera uniquement les gros consommateurs et gros producteurs, ça léserait les petits... **Sacha Daout** Revenons sur la question de la mise en sécurité des onduleurs, parce que là aussi c'est quelque chose d'assez important. Mises en sécurité par justement... comme vous venez de le dire, c'est le point suivant. François Desquesnes, je reviens sur la question des batteries parce qu'elle est fondamentale. À partir du moment où on envisage, pourquoi pas, une intervention des pouvoirs publics sur l'utilisation de ces batteries, vous y êtes favorable ou pas du tout ? **François Desquesnes** Pas de soutien public à l'installation de batteries, en tout cas dans le système actuel des règles du jeu. En Flandre, ils ont fait d'autres choix où il y a effectivement des incitants, nous on n'est pas dans ce système-là aujourd'hui. Moi je pense qu'il faut au maximum fixer les règles. C'est pour ça que j'implore le Gouvernement wallon actuel de mettre le plus rapidement en place un cadre pour le développement de ces logiques d'autoconsommation groupée. Parce que je prends un exemple tout bête : on a une école avec des toits et on a des habitations à côté. Les moments où on consomme l'énergie ne sont pas les mêmes. Donc si on a des producteurs de panneaux photovoltaïques sur les toits des maisons, ils peuvent servir en journée pour alimenter les écoles, et l'énergie qui aura été stockée ou les jours de congé, les jours de week-end, etc., celle des écoles peut servir pour les maisons. Donc ça, ça doit être possible et c'est la meilleure façon, ça coûtera moins cher que les batteries. Ça coûtera moins cher que les investissements gigantesques sur le réseau électrique belge. C'est le plus efficace et c'est là-dessus que nous devons travailler, mais ça ne peut se faire que s'il y a un cadre légal simple, clair, qui permet aux opérateurs, qu'ils soient d'ailleurs prosumers ou pas prosumers, de participer à l'opération. Parce que moi je pense que les consommateurs doivent être acteurs. **Sacha Daout** Votre avis là-dessus, Antoine Hermant ? **Antoine Hermant** Entièrement. Donc oui, les communautés d'énergie ont certainement un rôle à jouer, et d'ailleurs les gens le font déjà maintenant. Je n'en ai pas parlé tout à l'heure, mais au niveau de Tournai, il y a le centre hospitalier Wapi en collaboration avec le CPAS de Tournai, le centre psychiatrique, etc., qui se sont mis ensemble déjà pour essayer de trouver des solutions. Donc, les communautés d'énergie sont une des solutions, mais qui ne vont pas répondre à l'entièreté du besoin d'électricité des ménages. Et donc, nous on se tourne plutôt vers les exemples qui existent en Allemagne, où ils ont plutôt fait le choix d'entreprises publiques d'énergie, les *Stadtwerke*, qui existent à Munich par exemple, à Hambourg, etc., où là, les communautés d'énergie, les coopératives, etc., travaillent avec ce pôle public de production d'énergie. Si on arrive à une échelle un peu plus grande que la petite communauté d'énergie, on a là un niveau d'efficacité bien supérieur pour la rendre efficace en fonction des consommateurs et des heures de consommation des entreprises, des écoles, des ménages. Mais si on part de la taille d'une ville ou de la taille d'un bassin de vie, on peut arriver là à des efficacités beaucoup plus grandes aussi pour le stockage, etc. Donc nous, on pense que oui, à côté des communautés d'énergie, on va devoir aller vers des pôles publics où il y a une organisation à plus large échelle de l'énergie renouvelable. **Sacha Daout** Rapidement, Olivier Bierin, vous vouliez ajouter quelque chose sur l'enjeu du réseau et des onduleurs qui se mettent en sécurité ? C'est important parce que c'est un enjeu très important. Je vais vous laisser en dire un mot. **Olivier Bierin** Si on y vient juste après... absolument, c'est promis. **Régis François** Vous voulez réagir sur cette question en vue justement des communautés d'énergie et des batteries ? On va clôturer là-dessus comme ça on va sur la question de la majorité, parce que bon voilà, on a quand même beaucoup de membres de la commission Énergie du Parlement wallon ici autour de la table. Je vais juste vous poser une question. Demain le décret sort, les communautés d'énergie sont en place. Ma question va être très claire : est-ce que le prosumer actuel qui va vouloir rejoindre cette communauté d'énergie, éventuellement dans son village ou pas, va devoir renoncer au compteur qui tourne à l'envers ou pas ? Je pose la question aux partis représentant le Gouvernement wallon : est-ce qu'on pourra cumuler d'une certaine manière les deux ? **Georges-Louis Bouchez** Pour le moment, il n'y a rien qui a été tranché sur le sujet. De notre point de vue, pour les raisons que j'ai évoquées tout à l'heure, c'est-à-dire toutes les difficultés en matière de capacité, de notre point de vue, ça doit être le cas. Ça doit être le cas parce que aujourd'hui, on va avoir besoin de fournir un maximum d'énergie à nos concitoyens dans des conditions qui sont de plus en plus compliquées. Et donc à ce titre-là, eh bien oui, on doit... Si le but — et il faut être un peu cohérent avec la logique — si le but était de passer dans des petites unités de production, de multiplier les unités de production finalement électriques et d'avoir plein de centrales partout, mais il faut aller au bout de la logique. Je le disais tout à l'heure en matière de réseau, mais il faut aller aussi au bout de la logique en matière économique : je produis de l'énergie que je permets à d'autres de consommer, mais je ne vois pas pourquoi je ne serais pas payé, et pourquoi quand Monsieur François produit de l'électricité pour les autres, lui il n'est pas payé alors qu'Engie, parce qu'ils en produisent dans de plus grosses quantités quand ils la mettent sur le réseau, eux ils sont payés. Ça n'aurait aucun sens. Il faut garder la cohérence en la matière. **Sacha Daout** Puisque je l'ai promis, on va le faire et je vais commencer par vous alors, Olivier Bierin. Cette fameuse question de la mise en sécurité : gros soleil, les onduleurs se mettent en sécurité. Évidemment, ça pose plein, plein, plein de questions, et vous vouliez intervenir là-dessus. **Olivier Bierin** Oui, tout à fait. La première réponse, c'est que les GRD, les gestionnaires de réseaux, ont l'obligation légale d'adapter le réseau, et donc ils doivent le faire. Si vous les contactez et qu'ils ne le font pas, il faut saisir la CWaPE. Il faut prévenir vos élus qu'ils ne respectent pas leurs obligations, car il y a une obligation légale. Après, cette obligation elle a un coût. C'est-à-dire que si vous renforcez le réseau, si vous mettez... il y a aussi des projets avec des transformateurs adaptatifs qui se mettent en place, mais tout ça a effectivement un coût. Et donc je pense qu'il faut trouver un équilibre, et c'est pour ça que la tarification, la méthodologie en 2024 qui arrive, prévoit des tarifs incitatifs, mais qui seront basés sur le libre choix. C'est-à-dire que vous pourrez soit choisir d'avoir plusieurs plages horaires, d'avoir une flexibilité et de jouer avec cette flexibilité, et donc d'avoir un avantage car vous faites jouer cette flexibilité, ce qui réduit la nécessité d'investir dans le réseau parce que vous autoconsommez beaucoup plus. Ça, c'est une option. L'autre option, c'est de rester sur un principe monohoraire comme c'est le cas aujourd'hui, et dans ce cas-là, vous ne pouvez pas faire jouer cette flexibilité, et il y a des investissements supplémentaires à faire dans le réseau. Et dans l'ensemble, on estime que cette réforme-là permettra de trouver un juste équilibre à la fois entre le libre choix et les investissements. Et alors, je tiens à ajouter aussi que je suis très content d'entendre Monsieur Bouchez qui annonce manifestement que les bourgmestres MR vont renoncer aux dividendes reçus d'ORES et RESA en fin d'année. **Georges-Louis Bouchez** C'est une proposition. On y renoncera si, avec vos représentants, vous acceptez d'investir sur le réseau, c'est tout. On ne va pas renoncer pour ne rien en faire ! Ça c'est le premier point. Mais donc, si vous êtes partant pour des investissements sur le réseau qui permettent justement de faire face à des choix que vous n'arrêtez pas de promouvoir — puisque moi j'entends depuis des jours que le soleil et le vent c'est gratuit, le problème c'est que pour les capter et en faire de l'électricité, ce n'est pas tout à fait gratuit, et donc les investissements de réseau dont on parle, ce sera du renoncement de dividendes pour les communes, ça veut dire des politiques communales qu'on ne pourra pas mener, et potentiellement passer peut-être aussi sur des contributions complémentaires sur les factures. Mais à un moment, il faut être un peu honnête avec les gens. Cette transition... alors, je connais l'argument : "ne pas la faire va coûter plus cher, merci", mais le problème c'est que la faire à marche forcée comme ça — je connais vos arguments, vous ne cessez de les répéter — le problème c'est que c'est très bien de nous sortir l'argument, mais il faut trouver la solution entre maintenant et 2030 pour faire cette transition à marche forcée parce que ça va être le rythme qui sera imposé. **Régis François** Je vais juste me permettre d'intervenir parce que cette question en fait justement de surcharge réseau, croyez-moi, on n'en est qu'au début. Tous les jours, tous les jours, il y a de plus en plus de prosumers. Imaginez-vous, pour l'instant, un bon installateur de photovoltaïque, qui est notamment un partenaire de notre asbl et qui travaille très, très bien, communique actuellement une date d'installation pour 2023 tellement les demandes sont énormes du fait de la crise énergétique. C'est une très bonne chose, je suis très content que les gens mettent de plus en plus de panneaux photovoltaïques, je crois que c'est une excellente chose. Mais d'un autre côté, on se retrouve face au problème : qui donne l'autorisation de raccorder les panneaux photovoltaïques au réseau ? Ce sont les GRD. Or, que font les GRD lorsque l'onduleur coupe de 11 heures du matin à 14 heures ? Ils viennent prendre la tension et disent "ah, on ne sait rien faire, vous ne vous rendez pas compte, dans cette rue il va falloir changer deux kilomètres de câbles, doubler le cuivre, les matières premières, la main d'œuvre". J'en suis le premier conscient. Évidemment, un réseau électrique coûte cher. Ce que je veux vraiment ici mettre en avant avec vous, c'est que plutôt que de voir — et il y a un changement de paradigme chez les GRD aussi — plutôt que de voir le prosumer comme étant un "enquiquineur", entre guillemets, sur le réseau parce qu'il dérégule, faisons de lui un ami. Faisons de lui quelqu'un qui va permettre à un moment donné, par exemple, d'installer une batterie de stockage et/ou de recharger son véhicule électrique, peu importe, mais surtout... Bon, ça reste assez cher un véhicule électrique, mais une batterie de stockage va permettre d'un peu moins devoir modifier le réseau et d'éviter des investissements considérables de la part des pouvoirs publics, et de l'autre côté, de pouvoir stocker à un moment donné son énergie. **Sacha Daout** Laurent Léonard, là-dessus... **Laurent Léonard** Je pense profondément qu'il faut effectivement pouvoir se donner les moyens de sa politique, et donc il faut demain pouvoir faire évoluer les réseaux, clairement. Par contre, si on doit pouvoir faire évoluer les réseaux, on doit évidemment pouvoir faire évoluer le réseau pour tout le monde, et ça je le pense profondément. Et donc cette transition énergétique, elle doit être sociale. Elle doit être sociale, sinon ça ne sert à rien. Donc, c'est vrai qu'il y a des problèmes avec les onduleurs qui décrochent à certains moments parce qu'on se retrouve peut-être dans des quartiers où il y a énormément de production avec des petits câbles. Et donc oui, il faut faire évoluer, je suis le premier à le dire, mais il faut faire évoluer, comme je le disais tout à l'heure, pas uniquement peut-être sur cette problématique du câble, etc., mais aussi la manière de consommer, la manière... voilà, c'est un ensemble, c'est un ensemble, et il faut se donner les moyens de ce qu'on veut. **Régis François** Le prosumer aujourd'hui n'est pas quelqu'un qui systématiquement va vouloir ou va espérer revendre sa production à un tarif incroyable. Aujourd'hui, ce qu'il veut, le prosumer, je pense, c'est la paix. Il fait le choix libre d'installer des panneaux sur son toit, il veut juste un cadre juridique clair, stable, la paix à un moment donné. Et encore une fois, si on évite de lui envoyer... Parce que aujourd'hui, quand je discute avec les GRD par rapport par exemple aux *smart meters*, aux compteurs communicants, j'en ai jamais eu un qui m'a donné un seul avantage pour le prosumer. Je n'en ai pas. **Sacha Daout** François Desquesnes, sur cette question ? **François Desquesnes** Moi je pense que les prosumers, ils font partie de la solution aujourd'hui, ils doivent être mis autour de la table. Et donc, c'est un pacte que chacun, à la fois le GRD et les prosumers, essaie de construire pour faire quelque chose de positif : le fait de pouvoir partager son énergie plutôt avec les voisins consommateurs, le fait d'adapter une partie de sa consommation au moment où il y a des pics de production, ça fait partie des logiques. Aujourd'hui, il faut qu'on rentre au maximum, qu'on soit prosumer ou qu'on ne soit pas prosumer, dans un alignement : il faut consommer de façon plus intelligente tout ce qu'on peut programmer comme consommation énergétique — lave-linge, lave-vaisselle et autres appareils — ou ce qui permet de faire du stockage d'énergie, y compris d'ailleurs avec une voiture qui peut de temps en temps servir de chargeur externe. Ce n'est pas encore aujourd'hui autorisé légalement, mais ça devrait pouvoir l'être. Ces éléments-là, ils doivent pouvoir être activés. Il faut un espèce de pacte avec les prosumers pour arriver à quelque chose qui soit construit et qui effectivement... Le jour où il faut mettre davantage sur le réseau, le réseau soit à la hauteur de ce qui a été installé. **Sacha Daout** Les prosumers aujourd'hui en Wallonie n'ont plus envie de payer un tarif prosumer tel qu'il est sans nécessairement avoir un service continu, ou alors on leur dit finalement "Écoutez, ça va coûter trop cher de mettre le réseau à jour, vous êtes deux cent mille aujourd'hui en Wallonie". Georges-Louis Bouchez, et puis Antoine Hermant. **Georges-Louis Bouchez** Juste, il y a quand même deux limites à ce qu'on vient d'expliquer, parce que j'entends que la tarification intelligente permettrait tout. Je l'ai déjà dit tout à l'heure : 1. Quand on est un particulier, un petit producteur, on ne sait pas nécessairement, surtout si ce sont des prix de marché qui vont évoluer, un tarif qui va évoluer durant l'année, parce que votre consommation électrique, elle peut être plus centrée en journée en été et plus le soir en hiver, par exemple. Donc si vous êtes un petit particulier, vous n'allez pas commencer à aller voir le cours de la bourse d'électricité chaque jour et adapter. Donc il va falloir trouver des mécanismes d'automatisation. **Sacha Daout** Et cet élément, il est réglé aujourd'hui, il est réglé jusqu'en 2030 ? **Georges-Louis Bouchez** Non, les réglages ce n'est pas réglé, mais... oui, si le prix de l'électron est réglé jusqu'en 2030... **Sacha Daout** Alors justement, on parle de la tarification intelligente de 2024 pour que ce soit directement efficace et qu'on puisse justement régler par rapport aux quantités aussi, les délais qui sont remis... **Georges-Louis Bouchez** J'y arrive. La deuxième limite, c'est que c'est très beau sur le papier, mais très franchement dans les faits, oui, la machine à laver et le sèche-linge, c'est toujours ce qu'on nous explique. Mais pour le reste, les gens, ils mangent tous plus ou moins à la même heure, ils rentrent tous du boulot plus ou moins à la même heure. Quand il y a une canicule, eh bien on a chaud tous en même temps. Donc très franchement, penser que vous allez aller chercher des quantités faramineuses en agissant de la sorte... Il est beaucoup plus intelligent de travailler sur du système soit d'hydrogène, soit sur du système de batterie effectivement. Mais la batterie, il ne faut pas croire, ce n'est pas la batterie au lithium qu'il y a sur votre téléphone. On voit aujourd'hui les pays qui utilisent des batteries à grande échelle : c'est en montagne, c'est ce que je disais, ce sont des batteries hydrauliques (les stations de pompage-turbinage). Et donc, résultat des courses, en Belgique, on ne va pas construire des montagnes. Donc il y a aussi là une limite. Et donc il y a beaucoup de gens qui parlent théoriquement de ces choses-là, mais dans la vraie vie, très franchement, ce n'est pas aussi évident que ça en a l'air. **Antoine Hermant** Oui, mais je voulais justement intervenir sur le même sujet. Je suis d'accord sur le fait qu'il y a des limites à la flexibilité dans la consommation. Comme je l'ai dit tout à l'heure, il faut prendre en compte la vie réelle des gens. Nous ne sommes pas d'accord sur les solutions. Le repas à 19h à la maison, etc. Autrement... mais nous, on aime ça. C'est... donc sur cet aspect-là, je suis d'accord. Mais le truc, c'est qu'il faut voir ce que ça donne, la tarification dynamique, parce qu'on en parle ici en théorie, on dit que ça peut apporter une solution aux problèmes d'investissement des GRD. Cette tarification dynamique existe aux États-Unis, et on a vu que pendant la crise au Texas, avec une vague de froid phénoménale, il y a des gens qui ont payé 9000 euros de facture d'électricité en un mois. C'est ça la tarification dynamique lorsqu'elle est déjà mise en place dans certains pays : c'est une catastrophe pour les gens parce qu'il y a cet aspect-là, et aussi l'aspect que la tarification dynamique permet d'acheter de l'énergie sur le marché en temps réel, avec toute la spéculation que cela signifie. Et ce que cela signifie comme conséquence, on le voit aujourd'hui, comment la spéculation sur le marché peut faire s'envoler les prix. Et donc, sur la question du tarif prosumer et de la question des investissements des GRD, on se rend compte de deux choses : 1. La première chose, c'est qu'en fait, la facture d'énergie aujourd'hui est une feuille d'impôts. Donc en fait, on utilise les factures d'électricité pour payer des infrastructures, ce qui en fait ne devrait pas être le cas. Ça devrait être pris en charge par l'impôt général. On ne paye pas avec la taxe de circulation l'entièreté des routes de ce pays. Ça doit être pris en main par la collectivité. 2. La deuxième chose qu'on constate avec ce tarif prosumer, c'est que le débat doit être global sur l'énergie. Donc en fait, avec la libéralisation, d'un côté, on a collectivisé les coûts — les GRD ont des investissements très importants à faire — et de l'autre côté, tout ce qui rapporte de l'argent, comme TotalEnergies, comme Engie Electrabel, etc., des entreprises comme celles-là font des bénéfices extraordinaires. Donc il y a d'un côté le privé, de grandes sociétés multinationales qui gagnent beaucoup d'argent, et de l'autre côté la collectivité qui paye les infrastructures, les réseaux. Et là, il y a une vue globale à avoir et dire qu'au fond, à un moment donné, ça ne va pas, ce système ne va pas. Il va falloir aller chercher des sous autre part que dans les poches des gens. **Sacha Daout** Olivier Bierin, sur la tarification, quelle est votre position ? **Olivier Bierin** Mais donc, j'ai déjà commencé à en parler un petit peu tout à l'heure, c'est-à-dire que le principe selon nous, c'est qu'il faut laisser le choix aux consommateurs et aux prosumers. C'est-à-dire que vous pouvez soit décider volontairement de jouer avec cette flexibilité. Vous estimez que grâce à votre voiture électrique, grâce à votre mode de vie, vous avez la possibilité de faire fluctuer cette consommation à d'autres moments de la journée, de la nuit ou de la semaine, soit vous n'avez pas cette possibilité-là, vous ne souhaitez pas le faire, et dans ce cas-là, vous ne devez pas être pénalisé non plus, et vous pouvez avoir accès à un tarif classique monohoraire qui ne varie pas. Par rapport à l'exemple de Monsieur Hermant, c'est quand même, me semble-t-il, une méconnaissance du dossier au Texas. Les gens étaient directement connectés au prix de gros, c'est-à-dire que la tarification dynamique chez eux, c'était totalement dérégulé. Donc l'électron, au moment X, coûtait 100 fois plus que d'habitude, et ils devaient payer ça au moment où ils le consommaient. Ici, il est hors de question de mettre ça en place. On ne connecte pas directement le tarif de gros au consommateur résidentiel. Il y a quand même le fournisseur qui fait tampon entre les deux et qui fournit à son tarif décidé par contrat avec le consommateur, et par ailleurs, on plafonnera évidemment la variation qui est possible. Donc on ne va pas, du jour au lendemain ou d'une minute à l'autre, faire du fois 300 % ou fois 3000 % sur le mégawattheure facturé. **Sacha Daout** François Desquesnes, les compteurs communicants, ils ne doivent pas servir demain à avoir une facturation pour le particulier, pour Monsieur et Madame Tout-le-monde, à la minute ou au quart d'heure ? **François Desquesnes** Ça n'a absolument aucun sens évidemment. Le compteur communicant, il doit davantage cibler et identifier quand est-ce qu'on consomme et, pour le prosumer, quand est-ce qu'on produit, de façon à ce que le maximum possible on puisse égaliser ces périodes-là. Et c'est important de le faire avec d'autres acteurs parce qu'effectivement, si on est prosumer et qu'on consomme de l'énergie et qu'on regarde uniquement le champ de l'activité familiale, évidemment c'est très compliqué de se dire "quand il y a du soleil, on appuie sur les boutons", même s'il y a des machines qui peuvent le faire à votre place. Par contre, si on le fait à une échelle plus grande, plus large, là ça a du sens. Je prends toujours l'exemple de Colruyt et de ses frigos-congélateurs. Ils ont des éoliennes, eh bien quand il y a beaucoup de vent, le congélateur diminue de température et on stocke l'énergie par le froid, et quand il n'y a plus de vent, eh bien on laisse remonter la température jusqu'à un certain degré. Donc il y a des solutions, il y a des techniques qui existent, qui sont possibles avec des entreprises, avec des clubs de sport, avec des bâtiments publics, etc. Et c'est ça qu'on doit développer parce que c'est le plus efficace. **Laurent Léonard** Je pense que pour que cette transition et, on en parle, cette facture soit socialement acceptable, il faut que la transition énergétique ne soit pas exclusive. J'ai envie de dire, finalement, qu'elle soit la plus intéressante pour tout le monde. Et donc d'un côté, je pense qu'il faut effectivement des incitants pour celles et ceux qui participent à la flexibilité, mais par contre, elle ne peut pas avoir un effet négatif non plus pour Monsieur Tout-le-monde, puisque — allez, il faut quand même bien se dire les choses — aujourd'hui tout le monde est inquiet par rapport à sa facture d'énergie, voilà. Donc des incitants oui, mais il faut que ça participe pour tous. **Sacha Daout** Régis François, je vais vous demander de conclure en une petite minute. Exercice pas facile, mais aujourd'hui, sur base de ce que vous venez d'entendre, rassuré pour l'avenir ou il y a encore des points qui vous inquiètent ? Parce que précisément, et c'est parfois bien difficile de faire des prévisions à long terme, peut-être en particulier sur les tarifs de l'énergie aujourd'hui, rassuré ou plutôt inquiet ? **Régis François** Disons que je suis plutôt... plutôt rassuré déjà concernant le compteur qui tourne à l'envers, c'est vraiment quelque chose sur lequel nos membres reviennent évidemment beaucoup. Je le suis un peu moins sur la tarification de 2024 parce que j'ai quand même quelques craintes par rapport à cette tarification ou tout au moins ce que j'en ai entendu, ce que j'ai pu en lire. Ces tarifs incitatifs, c'est très bien. Je crois qu'en fait, il ne faut pas non plus que cette tarification soit faite pour des geeks. Ce que j'appelle des geeks, ce sont des gens qui à un moment donné vont se dire : "moi je vais piloter directement, mettre un système de pilotage". D'ailleurs, je serais curieux — Olivier, peut-être que tu pourrais répondre aussi — de savoir combien de personnes ont demandé la prime domotique à la Région. C'est une question à poser un jour au Parlement, via une question d'actualité. Mais voilà, je serais juste curieux d'avoir le nombre, parce qu'à mon avis on ne doit pas dépasser les 100. Donc voilà, ça c'est une chose. Deuxième chose, juste pour la boutade : lors des négociations lorsqu'on était entre trois partis, on a su me donner un exemple, donc une personne qu'on a su nommément citer, non pas pour la prime, mais qui arrivait à adapter sa consommation selon les pics, et c'est vraiment le gars parfait, quoi. Mais je pense qu'il vit dans sa maison du matin au soir. Mais ici en fait, c'est surtout ça : en 2024, j'ai quand même des craintes que ce tarif incitatif, tel qu'on le nomme, et bien finalement n'attrape les gens les moins érudits, finalement ces gens qui aujourd'hui ont peut-être moins de moyens, qui ont fait leur journée de travail, ne chauffent pas la journée parce que les factures augmentent, vont rentrer à 18 heures, vont déclencher le chauffage et/ou le radiateur à bain d'huile le matin dans la douche parce que voilà, dans leur appartement. Donc il faut vraiment être extrêmement attentif à ça. Ça, c'est la première chose. Deuxième chose, évidemment au niveau des prosumers, encore une fois je parlais tout à l'heure, avant que vous n'arriviez pour la majorité d'entre vous, de colosse aux pieds d'argile. C'est-à-dire qu'on ne peut rien bâtir de très solide — parce que là, on est partis quand même avec des dizaines de milliers d'installations qui vont arriver sur le marché en Wallonie aujourd'hui — finalement, vous ne pouvez pas bâtir quelque chose d'extrêmement solide sur des pieds en sable, et ces pieds en sable, c'est le manque de socle juridique clair pour les personnes qui demain vont faire installer des panneaux. **Sacha Daout** Un grand merci à tous les six d'avoir été avec nous. J'espère que vous avez pu recueillir toutes les informations qui sont indispensables à la bonne compréhension de cette évolution. Il y aura évidemment encore beaucoup de questions sans doute chez vous, sans doute encore un peu entre nous, et puis vous nous reverrez sans doute aussi sur les plateaux télé. À très bientôt !