Indemnisation des surtensions : le BVQ écartait 27 %, le seuil de 1 % en exclurait près de 36 %
BeProsumer a analysé en détail, avec le cabinet Fidal, la dernière proposition d’Arrêté du Gouvernement wallon relative à l’indemnisation des limitations d’injection. Le texte progresse, mais un nouveau seuil risque d’exclure 35,6 % des prosumers pourtant impactés par des surtensions objectivées.
Fin mai 2026, le Gouvernement wallon a adopté en première lecture un projet d’Arrêté du Gouvernement wallon relatif au régime d’indemnisation des limitations d’injection des installations de production d’électricité verte raccordées en basse tension.
Derrière cette formulation administrative, il y a une réalité très concrète pour de nombreux prosumers wallons : lorsque la tension du réseau local monte trop haut, l’onduleur photovoltaïque réduit ou interrompt sa production afin de protéger l’installation. Le prosumer perd alors une partie de l’énergie qu’il aurait normalement dû produire, autoconsommer ou injecter.
Depuis plusieurs années, BeProsumer défend un principe simple : lorsqu’un préjudice est réel, objectivé et lié à une qualité de tension insuffisante sur le réseau, il doit être indemnisé de manière proportionnelle. La nouvelle version du texte va dans cette direction, mais elle introduit aussi un seuil d’exclusion que BeProsumer juge incompatible avec cet objectif.
Podcast BeProsumer · Comprendre l’analyse en version audio
Le sujet est technique : seuil de recevabilité, données de tension, compteur communicant, calcul proportionnel, rôle des GRD, accès aux données et contestation indépendante. Pour rendre cette analyse plus accessible, BeProsumer propose également un épisode audio consacré au dossier complet.
Nouvelle page Décrochage : mesurer, objectiver, agir
BeProsumer a remis à jour sa page dédiée aux décrochages d’onduleurs. Elle centralise la logique de terrain : comprendre le phénomène, identifier les symptômes, mesurer correctement la tension, utiliser les données P1 et préparer un dossier exploitable lorsque le réseau ne suit pas.
Parler juste : ce que le compteur détecte réellement
Dans le langage courant, nous parlons souvent de “décrochages d’onduleurs”. C’est compréhensible : c’est ce que le prosumer constate sur le terrain lorsque son installation cesse de produire alors que le soleil est présent.
Mais dans le cadre du futur mécanisme d’indemnisation, ce que les gestionnaires de réseau pourront détecter à partir des compteurs communicants, ce ne sont pas directement tous les décrochages instantanés de l’onduleur.
Le critère retenu repose sur les quarts d’heure durant lesquels la tension moyenne mesurée au compteur communicant dépasse 250,7 V. Autrement dit, le mécanisme détecte des quarts d’heure affectés par une surtension moyenne suffisamment élevée pour considérer raisonnablement que la production photovoltaïque du prosumer a pu être limitée.
Ce que BeProsumer salue dans le projet d’AGW
BeProsumer ne rejette pas le texte dans son ensemble. Au contraire, l’association reconnaît que le projet actuel marque une évolution positive par rapport aux versions antérieures.
Le problème central : le seuil de 1 %
Malgré ces avancées, BeProsumer s’oppose fermement à l’introduction du seuil de 1 % prévu à l’article 9 §3 du projet d’AGW.
Ce seuil prévoit qu’aucune indemnité ne serait due si le nombre de quarts d’heure affectés par une tension moyenne supérieure à 250,7 V représente moins de 1 % du nombre total de quarts d’heure de la période annuelle.
Sur une année complète, il y a 35 040 quarts d’heure. 1 % représente donc environ 350 quarts d’heure, soit environ 87,5 heures. En langage simple : un prosumer pourrait subir près de 88 heures de quarts d’heure affectés par une surtension au-delà de 250,7 V, sans recevoir la moindre indemnisation.
Ce que montrent les données OpenWatt
Les graphiques ci-dessous illustrent la distribution des dongles OpenWatt par pourcentage de quarts d’heure affectés par une tension moyenne supérieure à 250,7 V sur 15 minutes. Ils permettent de visualiser concrètement l’effet du seuil de 1 % : une part importante des installations présentant pourtant des anomalies de tension serait exclue du mécanisme d’indemnisation.
La première lecture regroupe les installations par grandes catégories. La seconde affine la distribution sous le seuil de 1 %, afin de montrer que cette zone n’est pas marginale : elle rassemble de nombreux cas réels, objectivés par les mesures OpenWatt.
Pourquoi ce seuil est problématique
Un seuil qui ne simplifie même pas la procédure
L’un des arguments implicites en faveur d’un seuil pourrait être la réduction de la charge administrative. Mais, en pratique, cet objectif risque de ne pas être atteint.
Aujourd’hui, les prosumers ne disposent pas d’un accès automatisé, structuré et exploitable à leurs données de tension quart-horaires. Ils ne peuvent donc pas savoir seuls s’ils dépassent ou non le seuil de 1 %.
Résultat : tout prosumer suspectant des surtensions devra quand même solliciter son GRD. Le GRD devra alors collecter les données, calculer le nombre de quarts d’heure concernés, vérifier le seuil et notifier une éventuelle irrecevabilité. La charge administrative n’est donc pas supprimée : elle est simplement déplacée vers une procédure de refus, potentiellement génératrice de nouvelles contestations.
La demande principale de BeProsumer
BeProsumer demande la suppression pure et simple de l’article 9 §3 du projet d’AGW.
Accès aux données : condition indispensable
Le projet d’AGW repose entièrement sur les données de tension mesurées par les compteurs communicants. Or, aujourd’hui, les prosumers n’ont pas accès de manière directe, structurée et exploitable à ces données de tension quart-horaires.
Le GRD détient les données. Le GRD calcule la recevabilité. Le GRD calcule l’indemnité. Le GRD est aussi le débiteur potentiel de cette indemnité.
Sans accès aux données, le prosumer ne peut pas vérifier le calcul. Il ne peut pas contrôler si sa demande a été correctement analysée. Il ne peut pas contester efficacement une décision défavorable.
BeProsumer demande donc que l’AGW garantisse aux prosumers, et aux tiers qu’ils mandatent, un accès direct, sécurisé, structuré et exploitable aux données de tension issues des compteurs communicants, via un portail sécurisé et une API.
OpenWatt : du ressenti à la preuve
Si BeProsumer peut aujourd’hui produire une analyse chiffrée, ce n’est pas par hasard. C’est grâce au travail réalisé avec OpenWatt et aux membres qui ont accepté de contribuer à l’objectivation du problème.
OpenWatt permet de mesurer la tension, l’injection et le prélèvement à partir du port P1 du compteur communicant. La plateforme a permis de passer du témoignage individuel à une base de données exploitable couvrant les années 2024, 2025 et une partie de 2026, sur plusieurs centaines d’installations wallonnes raccordées aux cinq GRD.
Avant, un prosumer pouvait dire : “Mon onduleur décroche.” Aujourd’hui, il peut montrer des courbes, des périodes critiques, des dépassements, des pertes probables et des tendances.
Vous souhaitez objectiver votre propre situation, suivre la tension au compteur communicant et contribuer à renforcer les données de terrain utilisées pour défendre les prosumers wallons ?
Commander votre Dongle OpenWattRéécouter l’épisode 5 : la démarche citoyenne OpenWatt
Pour comprendre comment BeProsumer est passée du cadastre déclaratif aux données mesurées, nous vous invitons à réécouter l’épisode 5 du podcast BeProsumer. Il retrace la démarche citoyenne qui a permis de transformer les difficultés vécues sur le terrain en preuves exploitables.
Les autres corrections demandées par BeProsumer
Ce travail existe grâce aux membres
Ce type d’analyse demande du temps, de la veille, de la coordination, des échanges avec OpenWatt, des analyses de données, des réunions, des relectures juridiques et l’intervention de conseils spécialisés comme le cabinet Fidal.
BeProsumer ne dispose pas des moyens financiers des grands acteurs du secteur. L’association vit grâce aux cotisations de ses membres. Chaque membre en ordre de cotisation permet de financer une défense collective structurée : analyse juridique, expertise technique, interpellations politiques, accompagnement des dossiers sensibles et préparation des recours lorsque cela devient nécessaire.
Conclusion : une bonne base, mais inacceptable en l’état
BeProsumer reconnaît les progrès du projet d’AGW. La suppression du BVQ, l’indemnisation proportionnelle, l’automaticité, les délais imposés aux GRD et le rapport annuel constituent des avancées importantes.
Mais le texte ne peut pas être adopté tel quel.
Le seuil de 1 % est le point d’opposition principal. Il exclurait 35,6 % des prosumers impactés par des quarts d’heure de surtension au-delà de 250,7 V. Il contredit la logique proportionnelle du mécanisme. Il affaiblit le signal économique envoyé aux GRD. Il risque de recréer une injustice au moment même où la Wallonie prétend la corriger.
Les autres lacunes identifiées ne sont pas de simples détails techniques : accès aux données, rétroactivité, conservation des mesures, contestation indépendante, traitement des prosumers sans compteur communicant, cohérence avec le RTDE. Ce sont des conditions d’effectivité. Sans elles, le droit à indemnisation risque de rester théorique pour une partie importante des citoyens concernés.
Produire efficacement. Défendre avec des preuves.