Revue de presse

Réseau électrique wallon : l’heure de vérité a sonné

Pendant des années, certains ont voulu faire passer les alertes des prosumers pour des cas isolés, des problèmes techniques marginaux ou des “aléas” de la transition énergétique. Aujourd’hui, le réel rattrape le discours. Avec sa récente carte blanche publiée sur 21News, Régis François remet le sujet au centre du débat public : la Wallonie fait face à un problème structurel d’accès à la puissance, conséquence directe d’un sous-investissement chronique dans son réseau électrique. Et ce que vivent depuis longtemps les prosumers n’était pas une anomalie : c’était le signal avant-coureur d’un problème beaucoup plus large.

Il y a des combats que l’on mène dans l’indifférence générale

Il y a des combats que l’on mène dans l’indifférence générale, avant que tout le monde ne découvre, parfois brutalement, qu’ils concernaient en réalité l’intérêt collectif.

C’est exactement ce qui est en train de se produire avec le réseau électrique wallon.

Pendant des années, BeProsumer a tiré la sonnette d’alarme sur les limites physiques d’un réseau de distribution qui n’était plus dimensionné pour absorber la montée en puissance du photovoltaïque décentralisé, puis, plus largement, l’électrification croissante des usages. En 2022 déjà, dans une carte blanche coécrite avec le Professeur Damien Ernst, Régis François dénonçait une erreur majeure : sous-financer les réseaux de distribution au moment même où la transition énergétique exigeait l’exact inverse. Le constat était clair : sans investissements massifs, une partie croissante de l’électricité verte produite localement serait tout simplement perdue, et la mobilité électrique viendrait à son tour accentuer les congestions locales.

Quatre ans plus tard, la carte blanche publiée sur 21News ne fait que confirmer que cette alerte n’avait rien d’exagéré. Elle constate que le réseau électrique wallon est désormais “à la croisée des chemins”, que la puissance disponible est insuffisante dans certaines zones pour répondre aux nouveaux besoins, et que des projets économiques eux-mêmes sont ralentis, voire bloqués, faute de capacité de raccordement. Elle rappelle aussi que cette situation est le résultat non seulement de la transformation énergétique en cours, mais aussi d’un manque d’investissement aggravé par un appétit trop important pour les dividendes tirés des intercommunales.

Ce que les prosumers vivent depuis des années, les autres consommateurs commencent aujourd’hui à le découvrir

Pendant longtemps, la partie visible du problème, c’était la surtension en journée.

Quand le soleil brille, des dizaines de panneaux photovoltaïques injectent simultanément dans un réseau basse tension localement trop faible. La tension monte, les onduleurs se mettent en sécurité et la production s’arrête. Pour les prosumers, cela signifie une perte directe de production et donc une perte financière. BeProsumer a documenté ce phénomène, l’a médiatisé, l’a objectivé, l’a cartographié, et a construit avec OpenWatt des outils capables de mesurer ce que le terrain vivait réellement.

Mais aujourd’hui, le phénomène inverse s’impose avec une force croissante : la sous-tension en soirée ou durant les périodes de forte consommation.

Et c’est là que l’enjeu change de dimension.

Car lorsque tout le monde rentre chez soi, branche son véhicule électrique, lance une pompe à chaleur, cuisine, chauffe l’eau ou sollicite simultanément des équipements gourmands, le réseau doit fournir une puissance importante au même moment. Or, dans de nombreuses zones, surtout en bout de ligne, l’infrastructure n’a pas été dimensionnée pour cela. Le résultat, ce n’est plus un excès de tension : c’est un manque de “jus”. Les équipements deviennent instables, se mettent en sécurité ou cessent tout simplement de fonctionner correctement. BeProsumer le dit depuis plusieurs mois : si les décrochages étaient une vague, les sous-tensions risquent d’être un tsunami.

Le réseau n’est pas contradictoire : il est saturé dans les deux sens

Certains s’étonnent de voir coexister, parfois dans les mêmes quartiers, des surtensions en journée et des sous-tensions le soir.

En réalité, il n’y a là aucune contradiction.

C’est le symptôme d’un réseau local qui n’a pas été conçu pour gérer à la fois une production décentralisée massive et une électrification accélérée des usages. Historiquement, le réseau a été pensé pour un flux unidirectionnel : de grosses unités de production vers les consommateurs finaux. Aujourd’hui, on lui demande autre chose : absorber localement l’électricité produite par les panneaux, puis fournir à d’autres moments une puissance importante à des logements, véhicules, pompes à chaleur et activités économiques de plus en plus électrifiés. Le problème n’est donc pas l’électricité renouvelable en elle-même. Le problème, c’est une infrastructure qui n’a pas suivi le rythme du changement de paradigme.

Une seule borne de recharge peut représenter l’équivalent d’une maison de plus sur la rue

L’image est parlante.

Dans les remontées relayées par BeProsumer et dans les constats évoqués autour du réseau basse tension, une borne de recharge peut représenter, localement, une charge équivalente à une maison supplémentaire sur le câble de la rue. Le souci, c’est que les bornes, les pompes à chaleur et les nouveaux usages s’installent vite. Le réseau, lui, se renforce lentement. Et lorsque le réseau n’est plus en mesure de suivre, les symptômes deviennent très concrets : charges de véhicules interrompues pendant la nuit, pompes à chaleur qui passent en sécurité, équipements qui décrochent ou refusent de redémarrer. Nous n’en sommes plus au stade des hypothèses théoriques. Nous sommes face à des effets tangibles sur la vie quotidienne.

Ce que nous dénoncions en 2022 devient aujourd’hui une évidence publique

La carte blanche de 2022 signée par Damien Ernst et Régis François posait déjà le diagnostic de fond : le réseau de distribution a trop souvent servi de tirelire, au détriment de sa modernisation. Elle dénonçait un sous-investissement chronique aux conséquences inquiétantes, en rappelant qu’il était absurde de fragiliser l’outil même censé porter la transition énergétique. Elle mettait aussi en garde contre une logique consistant à transférer localement vers les ménages, via les batteries domestiques, une partie du problème structurel du réseau.

La carte blanche de 2026 reprend ce fil rouge, mais en élargit la portée. Il ne s’agit plus seulement de protéger la rentabilité d’installations photovoltaïques victimes de décrochages. Il s’agit désormais d’une question de puissance disponible pour les ménages, les zones d’activité, la logistique, l’industrie et l’économie régionale. Régis François le dit clairement : l’accès à la puissance dépasse largement la seule problématique des voitures électriques. Il devient un enjeu industriel, économique et territorial majeur pour la Wallonie.

Le réseau électrique est une infrastructure stratégique, pas une variable d’ajustement

C’est probablement le point politique central.

Le réseau électrique ne peut plus être traité comme un simple centre de coûts dont il faudrait limiter les investissements au strict minimum. Il est devenu une infrastructure stratégique, au même titre que les autoroutes ou les chemins de fer. Sans réseau robuste, pas de transition crédible. Sans puissance disponible, pas d’électrification sérieuse. Sans visibilité industrielle, pas de développement économique durable. La Wallonie ne peut pas vouloir attirer ou maintenir des activités électro-intensives, encourager la mobilité électrique, pousser les pompes à chaleur et soutenir la production renouvelable tout en repoussant les décisions structurantes sur les réseaux.

Le sujet des prosumers reste entier

Dans cette équation, les prosumers restent en première ligne.

Ils ont été encouragés à investir. Ils ont essuyé plusieurs modifications de règles. Ils ont payé un tarif prosumer présenté comme la contrepartie d’un usage “équitable” du réseau. Et pourtant, dans de trop nombreux endroits, ce réseau ne permet toujours pas une jouissance pleine et normale de leur installation. En 2026, la carte blanche de Régis François le rappelle explicitement : la question de la compensation financière des victimes d’un réseau défaillant reste un sujet sensible, et le cabinet de la Ministre Cécile Neven doit enfin sortir de la zone grise en proposant une solution claire, lisible et durable.

Le paradoxe est brutal : on a demandé à des citoyens d’investir dans la transition énergétique, puis on leur a parfois opposé un réseau qui ne suit pas, des règles qui changent, et une incertitude persistante sur la réparation du préjudice. C’est précisément pour cela que BeProsumer a structuré un travail de fond, à la fois technique, médiatique, politique et juridique.

Les batteries ne peuvent pas devenir l’alibi du sous-investissement

Le sujet mérite une clarification.

Oui, les batteries peuvent jouer un rôle utile. Oui, des solutions intelligentes existent. Oui, l’îlotage apporte une vraie réponse en matière de résilience locale lorsque le réseau décroche ou devient indisponible. Mais non, les batteries domestiques ne peuvent pas servir d’alibi pour éviter de traiter le problème à sa source. Déjà en 2022, Damien Ernst et Régis François mettaient en garde contre cette logique. Une telle stratégie reviendrait à privatiser une partie des conséquences du sous-investissement réseau, avec un risque évident d’injustice sociale : seuls les ménages les plus aisés pourraient s’acheter leur propre résilience.

Le vrai enjeu reste collectif : renforcer les lignes, adapter les postes, construire les cabines nécessaires, digitaliser la gestion des flux, et financer ces investissements à la hauteur du défi. La batterie peut être un outil. Elle ne remplacera jamais l’infrastructure.

Ce qui se joue, c’est la crédibilité même de la transition énergétique

La conclusion est simple.

Produire plus d’électricité verte ne suffira pas si le réseau n’est pas capable de l’absorber, de la transporter et de fournir la puissance au moment où les ménages et les entreprises en ont besoin. La transition énergétique ne peut pas se réduire à une accumulation d’objectifs climatiques déconnectés de la réalité matérielle. Elle exige des câbles, des transformateurs, des investissements, une gouvernance cohérente et du courage politique. C’est exactement ce que rappellent, à quatre ans d’intervalle, la carte blanche de 2022 et celle de 2026.

Pendant que certains découvrent aujourd’hui le problème par les sous-tensions, les prosumers, eux, savent depuis longtemps que les signaux d’alerte étaient déjà là.

Ce que vit aujourd’hui une partie croissante de la Wallonie n’est pas une surprise.

C’est le résultat prévisible d’années d’hésitations, de sous-investissements et de décisions repoussées.

Et le temps des hésitations, comme l’écrit Régis François, touche désormais à sa fin.

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