Revue de presse

Prix négatifs de l’électricité : quand le soleil dérègle le marché… et oblige les prosumers à reprendre la main

Le dimanche 26 avril 2026, le marché belge de l’électricité a envoyé un signal spectaculaire. En plein milieu de journée, alors que le soleil brillait généreusement et que la consommation restait faible, le prix de gros de l’électricité est tombé jusqu’à environ -41 centimes par kWh.

Ce chiffre interpelle. Il peut même sembler absurde. Comment une énergie aussi essentielle peut-elle avoir une valeur négative ? Comment peut-on en arriver à une situation où le système électrique paie, en quelque sorte, pour que l’électricité soit consommée ou pour que certaines productions s’arrêtent ?

La réponse tient en une phrase : à certains moments, il y a trop d’électricité disponible par rapport à la consommation réelle.

Un prix négatif n’est pas le prix de votre facture

Un prix négatif n’est pas le prix final payé par le ménage sur sa facture. Il s’agit d’un prix de gros, formé sur le marché de l’électricité, avant l’ajout des frais de réseau, taxes, surcharges, TVA et marge fournisseur.

Il traduit donc un déséquilibre instantané entre l’offre et la demande.

Lorsque beaucoup de panneaux photovoltaïques produisent en même temps, que les éoliennes tournent, que la demande est faible parce que nous sommes un dimanche, et que certaines centrales ne peuvent pas facilement réduire leur production, le marché envoie un signal clair : il faut soit consommer davantage, soit produire moins.

C’est exactement ce qui s’est passé ce 26 avril 2026.

Un phénomène qui devient structurel

Les prix négatifs ne sont plus une curiosité marginale.

La Belgique est passée d’environ 136 heures de prix négatifs en 2020 à plus de 500 heures en 2025. Nous ne sommes donc plus face à une anomalie ponctuelle, mais face à un changement structurel du système électrique.

Ce phénomène se concentre surtout au printemps et en été, en milieu de journée, lorsque la production solaire est forte et que la consommation reste limitée. Le profil typique est bien connu : beaucoup de soleil, parfois du vent, peu de consommation, et un système encore trop peu flexible.

Pour les prosumers avec compensation : pas d’impact direct… mais un vrai enjeu

Les prosumers dont l’installation a été réceptionnée avant le 1er janvier 2024 bénéficient encore du principe de compensation, plus connu sous le nom de “compteur qui tourne à l’envers”, jusqu’à fin 2030.

Pour eux, les prix négatifs n’ont en principe pas d’impact direct sur leur facture d’électricité. Le kWh injecté à midi vient compenser un kWh prélevé plus tard, indépendamment du prix réel de marché au moment précis où l’énergie circule.

Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’enjeu.

Lorsqu’un prosumer injecte à midi pendant une période de prix négatif, puis consomme le soir lorsque l’électricité a retrouvé une valeur positive, le système de compensation traite ces deux kWh comme équivalents.

Économiquement, ils ne le sont plus.

Le coût de cette différence n’apparaît pas directement chez le prosumer compensé, mais il est supporté quelque part dans la chaîne, notamment dans la gestion du portefeuille des fournisseurs.

C’est précisément dans ce contexte que la FEBEG, fédération des fournisseurs d’énergie, a interpellé BeProsumer. Selon elle, la combinaison entre prix négatifs et compensation devenait difficilement soutenable.

La proposition BeProsumer : ne pas opposer, mais construire

BeProsumer aurait pu se contenter de défendre le principe de compensation en bloc. Nous avons choisi une autre voie : reconnaître la problématique, mais refuser qu’elle serve de prétexte à fragiliser les droits acquis des prosumers wallons.

Notre association a donc formulé une proposition pragmatique : créer un mécanisme volontaire de flexibilité, compatible avec la compensation.

L’idée est simple. Si un fournisseur estime qu’une période de prix négatif lui pose problème, il pourrait proposer à des prosumers équipés d’un compteur communicant et d’un outil de mesure comme OpenWatt de réduire temporairement leur injection.

Cette réduction serait volontaire, mesurée, vérifiable et rémunérée.

Autrement dit, au lieu de considérer le prosumer compensé comme un problème, BeProsumer propose d’en faire un acteur de flexibilité.

Lorsqu’un prosumer accepte de ne pas injecter pendant une période critique, il crée une valeur. Cette valeur vient de l’électricité qui n’est pas envoyée sur le réseau au moment où elle a une valeur négative.

Cette valeur pourrait être partagée entre le fournisseur, qui évite une exposition défavorable au marché, et le prosumer, qui accepte de modifier son comportement.

Proposition FEBEG BeProsumer OpenWatt

Contrats de flexibilité temporaire en cas de prix négatifs

1. Contexte

Depuis début 2025, les prix de l’électricité en Belgique sont négatifs de manière plus fréquente, conséquence directe de la surproduction solaire lors des journées ensoleillées. Les petits producteurs photovoltaïques disposant encore du compteur qui tourne à l’envers (jusqu'à fin 2030) n’ont aucun incitatif à arrêter leur production, car chaque kWh injecté est valorisé via la compensation annuelle.

Ces injections massives contribuent non seulement aux surtensions et aux décrochages des onduleurs à l’échelle locale, mais elles provoquent également des déséquilibres importants entre l’offre et la demande d’électricité à l’échelle nationale et européenne. Lorsque les prix deviennent négatifs, cela signifie que la production excède largement la consommation disponible, ce qui représente un défi critique en matière de stabilité du système électrique global. Les gestionnaires de réseau de transport doivent alors mobiliser des ressources supplémentaires pour absorber ou réorienter cette électricité excédentaire, ce qui engendre des coûts importants pour les fournisseurs et peut compromettre l'équilibre global du réseau. Il devient donc essentiel de créer un mécanisme de flexibilité volontairetemporaire, et rémunéré, pour inviter ces prosumers à réduire leur injection durant les périodes critiques.

2. Objectif du projet

Mettre en place, via OpenWatt et BeProsumer, un mécanisme permettant aux prosumers avec compteur tournant à l’envers (compensation) de conclure des contrats de flexibilité temporaire avec leur fournisseur, sans passer par un contrat d’injection ou un contrat dynamique standard étant donné l'incompatibilité avec le principe de compensation.

3. Description du mécanisme

Étape 1 : Détection d’un prix négatif

  • Le fournisseur identifie une période de prix négatif prévue (ex. entre 13h et 17h le jour J+1).
  • Il informe BeProsumer et OpenWatt de sa volonté d’activer un contrat de flexibilité temporaire.

Étape 2 : Proposition au prosumer

  • OpenWatt envoie une notification aux prosumers enregistrés avec dongle P1.
  • Le message contient :
    • la période visée,
    • le montant par kWh non injecté (40–50 cents/kWh selon la valorisation réelle),
    • la prime éventuelle,
    • la confirmation que le fournisseur n'appliquera pas la composante "commodité" sur les kWh prélevés pendant cette période.

Étape 3 : Acceptation et engagement

  • Le prosumer accepte la proposition via l’interface OpenWatt.
  • Il s’engage à ne pas injecter (ou à effacer un certain pourcentage de son injection) dans le réseau pendant la plage horaire définie, par arrêt manuel ou automatisé de l’installation.

Étape 4 : Vérification via OpenWatt

  • OpenWatt collecte les données du compteur communicant en temps réel.
  • Un rapport automatisé est généré confirmant l’absence ou la présence d’injection.
  • OpenWatt peut également estimer le manque-à-gagner d'injection pour chaque prosumer, en croisant plusieurs éléments :
    • la puissance nette développable telle que déclarée dans le rapport de contrôle RGIE,
    • les données historiques d’injection maximales précédemment enregistrées sur la plateforme OpenWatt,
    • l’ensoleillement du jour concerné (via données météorologiques ou satellite).

De plus, OpenWatt peut informer le fournisseur du volume de kWh prélevés par le prosumer pendant la période contractuelle. Cette information permet de vérifier la cohérence avec la clause stipulant que les kWh consommés pendant cette tranche horaire ne seront pas facturés, renforçant ainsi la transparence et l’équité du contrat temporaire de flexibilité.

Ce calcul permet d’établir une estimation réaliste et individualisée du volume d’énergie non injectée pendant la période contractuelle.

Étape 5 : Paiement et reporting

  • En cas de respect du contrat, le fournisseur effectue un versement basé sur les kWh "non injectés".
  • OpenWatt et BeProsumer assurent la traçabilité et la transparence via un rapport ou une API vers les systèmes du fournisseur.

4. Conditions d’éligibilité

  • Être membre BeProsumer.
  • Disposer d’un compteur communicant + dongle P1 connecté à OpenWatt.
  • Ne pas avoir de contrat d’injection.
  • Être sous régime du compteur qui tourne à l’envers (avant 2024).
  • Avoir un contrat de fourniture d'électricité avec un fournisseur partenaire à l'action de flexibilité proposée par BeProsumer.

5. Bénéfices attendus

  • Réduction des tensions réseau et du risque de décrochages.
  • Modèle de flexibilité citoyenne adaptée au contexte wallon.
  • Valorisation équitable des efforts des prosumers pré-2024.

6. Étapes suivantes

Communication aux membres et lancement d’un projet pilote.

Rédaction d’un modèle de contrat-type.

Validation juridique.

Sélection des fournisseurs-partenaires pilotes.

Définition des modalités de partenariat entre les fournisseurs volontaires et l’association BeProsumer.

Définition des modalités de collaboration technique et d’échange de données entre les fournisseurs et la plateforme OpenWatt (API, formats de rapport, fréquence des échanges, RGPD).

Tests techniques (dongle, API, rapport injecté).

Une réponse économique… mais aussi physique

Cette approche présente aussi un intérêt physique pour le réseau.

Lorsqu’un grand nombre de prosumers injectent simultanément dans une même rue ou sur une même cabine, la tension locale augmente. Si la consommation locale ne suffit pas à absorber cette production, les onduleurs finissent par décrocher.

En réduisant volontairement l’injection pendant ces périodes critiques, on diminue les flux inverses vers le transformateur, on limite la montée de tension et on réduit le risque de décrochage.

La flexibilité proposée par BeProsumer ne corrige donc pas seulement un problème économique. Elle agit aussi sur la réalité physique du réseau basse tension.

C’est une différence essentielle : aujourd’hui, les décrochages sont subis, brutaux et non rémunérés. Avec un mécanisme de flexibilité volontaire, la réduction de production devient anticipée, contractualisée, mesurée et rémunérée.

Et depuis ? Un silence qui interroge

BeProsumer a transmis cette proposition à la FEBEG.

Depuis, deux constats s’imposent : nous n’avons reçu aucune suite concrète, et la FEBEG n’est plus revenue vers notre association pour se plaindre de cette problématique.

Nous en tirons une conclusion pragmatique. BeProsumer a fait son travail : protéger les intérêts des prosumers wallons, tout en apportant une réponse constructive à une difficulté réelle du marché.

L’absence de réaction interroge.

Si cette problématique constituait réellement une situation de crise pour les fournisseurs, une proposition permettant d’inciter les prosumers à réduire leur injection pendant les heures négatives aurait dû susciter un intérêt immédiat.

Deux hypothèses restent donc ouvertes. Soit la problématique n’est pas aussi critique que certains le disent. Soit la solution intéresse les fournisseurs sur le principe, mais pas au point de partager avec les prosumers la valeur créée par leur flexibilité.

Dans les deux cas, le signal est clair :

Quand une solution existe et qu’elle n’est pas saisie, le problème n’est plus seulement technique. Il devient économique.

Pour les prosumers sans compensation : l’enjeu est différent

La situation est différente pour les prosumers dont l’installation a été réceptionnée après le 1er janvier 2024. Ceux-ci ne bénéficient plus de la compensation. Leur modèle repose sur l’autoconsommation, avec éventuellement un contrat d’injection pour l’énergie renvoyée vers le réseau.

Pour eux, les prix négatifs peuvent avoir des conséquences beaucoup plus directes, surtout en cas de contrat d’injection dynamique.

Dans certains cas, injecter pendant une heure négative peut revenir à payer pour injecter son électricité. Tous les contrats ne fonctionnent pas ainsi, mais le risque existe et dépend des conditions tarifaires précises.

La stratégie devient alors claire : autoconsommer autant que possible, déplacer ses usages, stocker dans une batterie, recharger un véhicule électrique au bon moment ou limiter l’injection lorsque celle-ci devient défavorable.

Pour ces prosumers, le mot d’ordre est simple : il ne faut plus seulement produire. Il faut piloter.

Attention aux offres “happy hours” et à l’électricité gratuite

Une vigilance particulière s’impose pour les prosumers encore sous compensation.

Certains fournisseurs proposent désormais des offres “créatives” : électricité gratuite le dimanche, happy hours, plages horaires avantageuses pendant l’été.

Ces offres peuvent sembler séduisantes, mais elles ne sont généralement pas compatibles avec le principe du compteur qui tourne à l’envers.

BeProsumer a récemment reçu des témoignages de membres qui ont pourtant été acceptés dans ce type d’offres, alors même que les conditions du fournisseur mentionnaient une incompatibilité avec la compensation.

Ces situations sont préoccupantes. Nous ne connaissons pas encore toutes les conséquences administratives ou contractuelles qui pourraient en découler, mais elles risquent d’ouvrir la porte à des régularisations complexes, voire à des mauvaises surprises.

Notre recommandation est donc claire : si vous êtes encore sous compensation, soyez extrêmement prudent avec les offres flexibles, happy hours ou électricité gratuite.

Avant de changer de contrat, vérifiez noir sur blanc la compatibilité avec votre régime de compensation.

Pour approfondir ce point, nous vous invitons à écouter ou réécouter l’épisode 4 du podcast BeProsumer.

Conclusion : produire ne suffit plus, il faut piloter les flux d’énergie

Les prix négatifs ne sont pas une anomalie. Ils sont le symptôme d’un système électrique en transition, où la valeur ne se trouve plus seulement dans la production, mais dans la capacité à consommer, stocker ou effacer au bon moment— y compris, lorsque c’est pertinent, en réduisant ou en coupant temporairement la production photovoltaïque.

Avant, le modèle était simple : je produis, j’injecte, je compense.

Demain, le modèle sera différent : je produis, je consomme, je stocke, j’efface, je pilote et je valorise.

Cette évolution explique pourquoi BeProsumer insiste depuis plusieurs mois sur un point essentiel : le choix d’une batterie ne doit plus se baser uniquement sur ses spécifications techniques, mais sur l’expertise de la société qui la gère après la vente.

Historiquement, beaucoup de batteries domestiques étaient de simples batteries d’autoconsommation : elles se remplissaient en journée lorsqu’il y avait du soleil, puis restituaient cette énergie le soir. Ce modèle reste utile, mais il devient insuffisant dans un système électrique où les prix varient fortement, où les heures négatives se multiplient, où le réseau local peut saturer et où la flexibilité devient une véritable valeur.

Dans ce nouveau contexte, il ne sera plus réaliste de demander à chaque citoyen d’optimiser manuellement, heure par heure, sa production photovoltaïque, sa consommation, sa batterie, son véhicule électrique ou ses éventuels effacements. Cette optimisation devra être prise en charge par des EMS — Energy Management Systems — capables de piloter automatiquement les flux d’énergie en temps réel.

Une batterie intelligente ne vaut donc pas seulement par sa capacité en kWh ou sa puissance en kW. Elle vaut aussi par la qualité de son pilotage, par sa capacité à anticiper les prix, à préserver la compensation lorsque c’est nécessaire, à éviter l’injection défavorable, à réduire les surtensions, à charger ou décharger au bon moment, et à s’adapter aux évolutions réglementaires et tarifaires.

Le cahier des charges d’un EMS combiné à une batterie — autrement dit, d’une batterie réellement intelligente — fera d’ailleurs l’objet d’un prochain article BeProsumer. Nous y détaillerons les critères essentiels : pilotage dynamique, protection du régime de compensation, limitation d’injection, gestion des prix négatifs, compatibilité avec les signaux de flexibilité, supervision après-vente et capacité d’évolution face aux futurs changements tarifaires et réglementaires.

Les prosumers wallons ne doivent pas subir cette transition. Ils doivent pouvoir en tirer parti, sans devoir devenir eux-mêmes traders, ingénieurs réseau ou spécialistes des marchés de l’énergie.

C’est précisément ce rôle d’analyse, d’anticipation et de défense collective que BeProsumer entend continuer à assumer.

Bonjour, comment puis-je vous aider ?
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